Pain bagnard

Extraordinaire, un modèle d’intelligence et de finesse, où comment transformer un roman fleuve épique et foisonnant en un moment de théâtre absolument génial hier soir à la M.J.C. de Rodez. Résumer cinq tomes et des centaines de pages, des personnages plus emblématiques les uns que les autres, où l’histoire sociale des plus humbles se prolonge de réflexions toujours d’actualité, où les héros assoiffés d’idéal luttent sur les barricades de Paris… pour les faire vivre sous nos yeux avec juste de petites figurines est un pari plus qu’audacieux, un défi à relever qui aura nécessité plus de deux ans et demi de travail et l’ingéniosité d’une dizaine de personnes…  « Les misérables » par la Compagnie belge Les Karyatides c’est une heure et demie d’enchantement et de pure merveille où, remarquablement, on est subjugué de bout en bout, autant par le talent des deux comédiennes manipulatrices qui jouent tous les rôles que par l’ingéniosité de la mise en scène d’ Agnès Limbos et Félicie Artaud … et ultime clin d’œil le message intensément politique de l’intrigue y est magnifié avec acuité… En fond de scène une immense toile peinte genre tableau de Géricault avec bien en évidence Notre-Dame de Paris où se détacheront les noms des différents protagonistes, au centre, une table d’environ un m2 où se déplacent ces personnages miniatures genre santons de Provence mais aussi des boîtes de biscuits grands formats en métal d’où sortiront maisonnettes lilliputiennes et autres éléments du décor… pour toujours plus de plaisir. Totalement impliquées, les actrices en chair et en os incarnent avec passion les dialogues fondamentaux, résument les moments forts de l’action pour mieux en souligner ardemment sa dimension lyrique. C’est d’une sincérité poignante, l’éloge de la condition humaine dans toute sa fragilité, ses doutes ou ses aspirations. La bienveillance et la lucidité transcendent ce texte romanesque en fresque débordante de générosité et de fraternité. On n’oubliera ni Jean Valjean incarnation du bien ni l’inspecteur Javert ganté de noir incarnation du mal, le calvaire de la frémissante Cosette ou le drame de Fantine etc… La représentation s’ouvre et se clôt sur la mort de Gavroche, l’Histoire collective dépasse les destins individuels: l’injustice, le drapeau rouge, la volonté du peuple …      «Les révolutions éclairent les hommes »,  l’essentiel en quelques mots…                                 Un spectacle absolument exceptionnel.

 

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