Boîtes de Pandore

Nous sommes dans les Hauts-de-France, plus précisément à Boulogne sur Mer, où sa conserverie de poissons, la ressource emblématique locale, emploie un grand nombre de femmes sous la houlette d’un contremaître libidineux qui se veut régner en maître absolu. C’est là que débarque une ancienne Miss Pas-de-Calais revenue au pays après une rupture conjugale et qui s’installe chez sa mère, laquelle vit à l’année dans un mobil-home installé dans un camping un peu à l’écart de la ville. Très vite elle se lie d’amitié avec deux autres ouvrières lesquelles traversent aussi de mauvaises passes… L’une élève seule son fils tant bien que mal, l’autre avec un un mari chômeur peine chaque mois à payer le loyer ou remplir le frigo… les vies difficiles de personnes simples qui luttent pour s’en sortir au quotidien… En repoussant ce chef qui veut abuser d’elle, celui-ci est tué accidentellement… et voilà les trois copines avec un cadavre sur les bras dont il faut se débarrasser… sans oublier que dans le casier d’icelui, elles trouvent un sac rempli de billets, une fortune pour elles qui sont dans le besoin… Sauf que cet argent appartient à la mafia belge qui va tout entreprendre pour remettre la main dessus. S’ensuivra une succession d’événements plus insensés et délirants les uns que les autres, entre ce trio de pieds nickelés complètement dépassés, un inspecteur de police aussi séduisant que trouble, et des malfrats qui n’hésitent pas à utiliser les grands moyens pour récupérer leur magot… « Rebelles » film d’Allan Mauduit glisse alors du registre de la pure comédie gentiment loufoque sur fond social à un divertissement multi-facettes avec voyous à l’ancienne, cartoon rebondissant de gags en gags pour se terminer en apothéose avec une séquence sur musique de western façon grand guignol à la Tarantino… Comme les trois actrices principales Audrey Lamy, Cécile de France et Yolande Moreau s’en donnent à cœur joie sans se prendre au sérieux et rivalisent d’humour joyeusement foutraque, on passe un bon moment… Et puis autant profiter du Printemps du cinéma qui dure jusqu’à mardi inclus avec toutes les séances à 4 €uros.

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Wally, vini, vici

On connaissait Wally, la bonhomie bienveillante, l’humour iconoclaste, prompt à la repartie qui fait mouche, qui se joue de notre vocabulaire avec délectation, multipliant calembours et autres aphorismes aussi farfelus que décalés. Hier soir à La Baleine, devant une salle archi-comble on a pu découvrir une autre facette du personnage, bien cachée derrière ses jeux de mots, celle qui relève du registre de l’intime. « Le Projet Derli de Wally » c’est totalement différent. Tout d’abord, contrairement a ses habitudes, il n’est plus seul sur scène. Autour de lui se trouvent cinq musiciens qui enveloppent de douce complicité ses « chansons longues » aux textes ciselés, où l’espièglerie de l’expression fait écho à l’élégance de la versification. Les arrangements particulièrement harmonieux, la virtuosité incontestable de chaque instrumentiste, ajoutent la petite touche supplémentaire toute de délicatesse qui complète si agréablement la poésie aussi sincère que nostalgique de ses paroles. Entre souvenirs tout de légèreté, confidences chuchotées ou inavouables, c’est à petits pas feutrés que l’on se glisse au creux de son âme. Où l’auto-dérision frise de malice, l’urgence de l’indignation embrase l’écorché vif, où la sincérité évidente s’exprime avec justesse pour dire la nécessité de l’engagement, où les rapports entre les êtres sont d’abord chaleur humaine, générosité, respect mutuel ou sentiments partagés. On n’oubliera pas ni son hommage à Rémi Fraysse tué pour avoir défendu pacifiquement son amour de la nature, ni le clin d’œil à « sa mémé, sa mamie », ni sa définition du bonheur vibrante et charnelle, son portrait de l’adolescence aujourd’hui ou de la vie actuelle à la campagne délaissée par les pouvoirs publics…En prime il y a aussi des envolées de musique qui lorgnent vers le klezmer, la fanfare en folie ou des accents tziganes aussi joyeux qu’émouvants. Un concert vraiment magnifique où Nietzsche tutoie Stéphane Hessel, c’est vraiment classe, qu’on pourrait résumer  ainsi:

                                 Wally, c’était sympa, Derli c’est la tendresse,                                                                                     Fi du vedettariat, d’la télé ou d’la presse,                                                                                            C’est le monde ici bas, auquel il s’intéresse,                                                                                        À la vie comme elle va, qu’il couvre de caresses!

 

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C’est cela, oui…

Qui ne connaît les nombreuses répliques devenues cultes qui émaillent « Le Père Noël est une ordure ». Depuis sa création au théâtre par la troupe du Splendid, il y a déjà 40 ans, et surtout son adaptation au cinéma trois ans plus tard par Jean-Marie Poiré, laquelle ne cesse d’être multi-diffusée, chaque année ou presque à la télévision, c’est carton d’audience assuré. C’est dire si pour monter un tel « classique » truculent, iconoclaste, pour tout dire joyeusement sans limite, il faut vraiment y croire en gardant en mémoire un écueil potentiel: surtout ne pas vouloir copier l’original, car ce serait vain et de peu d’intérêt, au contraire, dynamiter l’intrigue le plus possible en y ajoutant sa touche personnelle. Quitte à faire grincer des dents, en accentuer le coté  rebelle et foutraque… en se souvenant aussi qu’à l’époque de la sortie en salle, la RATP refusa de louer des panneaux publicitaires au distributeur en raison du titre jugé trop provocant du film, et que certains exploitants se crurent autorisés à ‘y ajouter des avertissements tout de miel et de sucre pour en atténuer le côté subversif. On croit rêver! Lorsque la troupe La Zoubadour Compagnie de Toulouse monte sur scène, qui plus est en clôture de la dernière édition de ThéatraVallon, le défi à relever est donc immense… Le décor est a minima, juste deux guirlandes de circonstances pour mettre le ton dans la salle de permanence de SOS Amitié, le mobilier est basique, et, en dehors du plateau, pour donner un peu plus d’ampleur, se trouvent une cabine téléphonique et surtout la cage d’ascenseur indispensable. Les costumes sont raccords avec l’ambiance, ringards à souhait, fripes de récup pour Zézette, costume adéquat pour Felix, et pour les autres de mauvais gout assumé. Soyons franc, on se s’ennuie pas pendant toute la représentation, car les comédiens sont très complices et rivalisent de bonne humeur, et, d’autant plus que c’était la dernière… Si on est étonné par l’accent belge à couper au couteau du Père Noël, tout en moules/frites et bière plutôt inattendu, les autres personnages sont pile poil conformes à nos souvenirs. Si la mise en scène de Nathalie Albar et Marion Tognan qui souligne volontairement par son rythme trépidant l’aspect farce de la pièce s’inscrit pleinement dans ce registre, il n’en demeure pas moins que, parce que sans surprise, on puisse de beaucoup préférer des spectacles plus novateurs tant dans la forme que dans le fond.

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Cauchemar aux bureaux

La création du Théâtre de l’Arc-en-ciel venu d’Yzeure dans l’Allier qui clôturait la soirée de samedi du festival ThéatraVallon de Marcillac allie le culot à l’intelligence, l’originalité à la folie douce, le burlesque débridé du cinéma muet à la bienveillance chaleureuse. Pour décor, quatre bureaux qui se font face deux à deux, dans le fond des piles de dossiers soigneusement rangés sur des étagères qui débordent et enfin une série de chaises basiques pour permettre aux usagers venus chercher un quelconque papier administratif d’attendre, d’attendre, et d’attendre encore que vienne enfin leur tour de se présenter au guichet forcément adéquat et compétent… Et nous voici plongés au cœur de cet univers aussi mystérieux qu’impitoyable qu’est l’Administration, fantasme des uns, quotidien des autres, un incroyable microcosme où si le pire n’est jamais sûr, il est loin d’être improbable. Si les quatre employés rivalisent entre eux de bavardages futiles ou d’empathie obligée,-comme tous chers collègues policés qu’ils s’autoproclament-, ils font preuve face au public qu’ils reçoivent de condescendance crasse, de mépris à peine dissimulé face à ces importuns qui osent venir perturber leurs petites manières mesquines. C’est finement observé, insidieusement pervers et on perçoit derrière l’anonymat de chaque visage blanc, toute l’ambivalence des personnages. De permanences sans chaleur ânonnées au téléphone en réponses dilatoires, c’est à tous les travers d’une bureaucratie sans limite que l’on assiste… Aux remarques narquoises succèdent des échanges stéréotypés! Hors formulaire, récépissé ou copie certifiée conforme point de salut! pour la plus grande satisfaction légèrement sadique d’employés formatés jusqu’à l’excès. Un mélange explosif de Franz Kafka et de George Orwell, de logique absurde avec force décrets et de lâcheté tacite où, pour notre plus grand bonheur, la pantomime fantasque, les bruitages délirants ou des musiques sautillantes à la trompette notamment se substituent avec bonheur à des dialogues réduits a minima. Les comédiens très homogènes qui se délectent de ces situations plus farfelues les unes que les autres conjuguent fantaisie sans limite et dérision mordante pour nous offrir un spectacle tout en finesse, un voile d’extravagance sur un monde à la dérive. Jubilatoire autant que vénéneux.                              « Les guichetiers » a reçu de longs applaudissements du public conquis et largement mérité le Prix de la mise en scène pour Michel Desroches que lui a attribué le jury.

 

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Millésimé

Comment faire frisonner de plaisir une salle comble en terre de vignobles… C’est la dégustation gouleyante à souhait à laquelle la compagnie » Le poil de la bête » venue des Alpes de Haute Provence conviait le public samedi au festival de ThéâtraVallon à Marcillac. Trois sommeliers tirés à quatre épingles, bon vivants, la verve communicative et l’œil malicieux en bandoulière vont, avec une gourmandise affirmée, nous abreuver, que dis-je, nous enivrer, de fantaisie moelleuse et élégante avec force lectures théâtralisées autour du vin, du pinard, du picrate du pousse-au-crime, des grands crus ou de la piquette… Et que je me débouche une bonne bouteille ici, et que j’en termine une autre déjà entamée là, du blanc, du rosé, du rouge, il y en a pour tous les goûts, de quoi faire saliver les palais de tous les spectateurs qui ne demandaient qu’à trinquer eux aussi… De formules plus capiteuses les unes que les autres, de l’onctueux au plus puissant, du velouté ou du corsé, c’est à une volée d’aphorismes fruités, de chansons légères à d’autres plus voluptueuses y compris en espéranto -sic, de locutions latines loufoques -resic- ou bien chambrées. Des proverbes improbables ou canailles, des refrains a forte teneur alcoolique de fins de banquets en badinages vinicoles, on frise l’orgasme œnologique à chaque instant. La bonne humeur contagieuse des trois comédiens distille du plaisir à haute dose et de la convivialité à fort degré d’intelligence… de quoi réjouir autant l’amateur éclairé disciple de Bacchus que le réfractaire invétéré qui ne jure qu’eau plate, tant les textes proposés sont choisis avec soin et pertinence. Des arômes de bonheur conjugués d’expressions judicieuses, soyeux et tendres, charpentés et longs en bouche, généreux, épicés au besoin, c’est à une fête subtile pour le gosier comme pour l’esprit que l’on est convié.                                                                                                        « In vino veritas » spectacle aussi racé que pétillant se consomme sans modération.

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Aryen à déclarer

Soit un couple hyper traditionnel qui respire les alpages autrichiens, la domination patriarcale bien comprise et les couettes blondes platine version Heidi… Chez Fritz et Grete tout est toujours impeccable, elle –« ma poulette »- en robe blanche immaculée toujours prête à briquer encore et encore son intérieur bien douillet pour en traquer le moindre grain de poussière, lui -« mon lapin »- toujours prompt à participer au défilé folklorique de son village dans son lederhose, ce short tyrolien que personne n’envie… Plus clichés, tu meurs. Sauf qu’un jour tout dérape car la fringante fée du logis s’est approvisionné en banal détergent au « marché cosmopolite » voisin par pure commodité donc, mais au grand dam de son époux, pour qui c’est quasiment  synonyme d’abomination, d’abandon des sacro-saintes valeurs « ordre, silence et propreté »… Et, quand débarque à l’improviste au domicilie conjugal une étrangère « balkaniko-carpatho-transylvanienne », laquelle, couronne de fleurs sur la tête bien sûr, au charme de laquelle la maîtresse de maison ne va pas rester indifférente, bien au contraire,  c’est rien moins que l’apocalypse. Grave crise identitaire, bouleversement de la cellule familiale,  remise en cause absolue, voilà ce qui s’opère sous nos yeux… Et pour faire bonne mesure, on rajoute un chapeau pointu version Ku Klux Klan, des faisceaux rouges sang plein feux et force ralentis en lumières stroboscopiques pour bien souligner combien le « changement conservateur » atteint vite ses limites… Cette intrigue tragi-comique où l’homosexualité féminine gagne en visibilité se trouve affaiblie par une accumulation d’effets trop appuyés tant dans la mise en scène que dans le jeu des protagonistes. « Alpenstock » du nom de cette courte pièce de théâtre signée Rémi de Vos fait référence à la canne à embout ferré considérée comme l’ancêtre du piolet à en croire Wikipedia. Ce spectacle était présenté samedi en fin d’après-midi dans le cadre de ThéatraVallon par la Compagnie du Bathyscaphe, une troupe de Muret, laquelle était déjà venue à Marcillac lors d’une précédente édition, il y a trois ans.

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État des lieux

Pour débuter la deuxième journée du Festival ThéatraVallon 13 ème édition, place à « Tant bien que mal » une création de la Compagnie des Mots à Coulisse venue de la région de Toulouse. Un tableau composite qui décortique la langue sous toutes ses formes, une suite de courtes scènes sur des textes de différents auteurs aussi divers que Jean-Pierre Siméon, Jacques Prévert, dont on entendra d’ailleurs un enregistrement, Raymond Devos, d’autres encore mais pas que… Il y aura ainsi par exemple un discours politique d’Angela Merkel passé au crible pour en stigmatiser toute la langue de bois dégoulinante de banalités, une dialogue impromptu entre un SDF que personne ne veut voir, « une ombre « , et un simple quidam, une crise conjugale qui éclate et c’est tout le vernis qui craque etc… jusqu’à une évocation d’Antonio Gramsci, grande figure intellectuelle marxiste du siècle dernier, l’un des fondateurs du Parti Communiste italien… Ce panorama de notre monde actuel, version mosaïque non exhaustive, qui s’attache à multiplier les situations les plus disparates autant que les interlocuteurs,-c’est selon-, deux acteurs habillés de collants noirs portant chacun une valise à la main vont s’en emparer pour le broyer, le concasser, le triturer, le pulvériser pour en extraire l’absurde autant que le banal, le tragique autant que le futile, le cynisme bien caché derrière le policé… Où la conscience de classe fait écho à l’engagement, la lucidité à la générosité, le mépris à la convivialité… résumé d’une formule lapidaire qui oppose « le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté ». Pour assurer entre les différents moments des transitions plus fluides, les comédiens usent de quelques pas de danse et tirent de leur bagage respectif une série d’accessoires ou de pièces vestimentaires dont ils affubleront la dizaine de spectateurs qu’ils ont au préalable fait monter sur la scène… Aussi ambitieux et radical sur le fond que pas totalement convaincant par sa forme, ce spectacle mis en scène par Sandrine Roulier, également sur le plateau, lui a valu de décrocher le Prix d’interprétation ex-æquo.

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