Black Lives Matter

Il y a quelques semaines à Minneapolis, George Floyd, un noir américain était menotté, plaqué au sol sur le ventre, victime d’étranglement de la part d’un policier blanc jusqu’à ce que mort s’ensuive… une terrible agonie filmée par des passants, lesquels alertés par ses nombreux appels à l’aide voulaient intervenir mais en furent empêchés par les autres policiers présents ce jour-là…. d’où dans les jours qui suivirent, de nombreuses manifestations un peu partout dans le monde pour dénoncer ces violences policières inadmissibles et le racisme ambiant. La bande dessinée signée Arnaud Floc’h mise en couleurs de Christophe Bouchard parue aux éditions Sarbacane intitulée « Emmet Till » sous-titrée Derniers Jours d’une Courte Vie » revient sur un épisode tragique de l’histoire contemporaine des U.S.A. qui y fait malheureusement écho. Nous sommes en 1955 dans le Deep South, le Sud profond. Le samedi 20 août 1955 débarque en gare de Money, petite bourgade du Mississippi, le jeune Emmet, lequel vient passer quelques jours de vacances chez son oncle Moses Wright. Il arrive de Chicago où certes la ségrégation existe, mais sans commune mesure avec le climat qui règne ici. Quelques jours plus tard, il se décide à entrer dans une épicerie tenue par des blancs, autant par insouciance que par défi, pour acheter des friandises ce que la patronne lui refuse en le jetant dehors sous des menaces… incident a priori banal… sauf dans cet état à cette époque… Une expédition punitive sera rapidement organisée par la famille de la tenancière de la boutique pour venger cet affront, laquelle se terminera par le meurtre de ce jeune de 14 ans dans des circonstances effroyables… après qu’il eût été torturé, les yeux arrachés et son corps jeté à la rivière lesté d’un ventilateur de machine à trier le coton! Un procès rapide et un délibéré d’à peine plus d’une heure suffiront à un jury composé exclusivement de douze hommes blancs pour prononcer l’acquittement des deux accusés… Ceux-ci reconnaîtront l’année suivante qu’ils étaient bien les coupables de cet ignoble assassinat… mais en toute impunité en vertu du Double Jeopardy Act, une loi américaine qui empêche un accusé d’être jugé deux fois pour le même crime. Ce meurtre sordide au retentissement considérable dans la presse du monde entier fut l’un des principaux événements à l’origine du Mouvement des Droits Civiques, lequel allait changer à jamais l’histoire des Etats-Unis… Ce récit bien mené, tout en sobriété, entre flashbacks et enquête journalistique ne peut qu’interpeller le lecteur. Cet album qui se prolonge d’une riche documentation sur les différents personnages de cette affaire a reçu le label d’Amnesty International tant il fait écho aujourd’hui encore aux nombreux combats de cette association.                                        Un témoignage historique indispensable!

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Ruthènes en scène

Vous avez apprécié il y a quelques années l’atmosphère polar moyenâgeuse toute en robes de bure du « Nom de la rose » d’ Umberto Eco et plus encore sa version cinématographique avec Sean Connery dans le rôle principal… Vous revoyez avec plaisir les enquêtes de Nicolas Le Floch situées quelques siècles plus tard, une série télévisée où l’on se régale de dialogues en français d’époque haut en couleurs… Vous aimerez la bande dessinée parue aux éditions Y.I.L. signée Daniel Faribeault et Jean-Christophe Vergne et intitulée « Rodez in vino veritas ». C’est une fiction  qui se déroule en « l’an de grâce 1509 » et qui raconte comment un neveu du pape Clément V premier à s’être installé en Avignon, se retrouve poignardé après qu’il eut violé une jeune servante… Intrigues de cours, vengeance, rivalités entre l’ évêque qui s’impose à l’ombre de la cathédrale et la fameuse Comtesse Cécile d’Armagnac laquelle assoit sa puissance sur la ville basse, opposition larvée entre la papauté et le puissant ordre des Templiers dont il reste tant de vestiges dans nombre de localités du département, l’épopée des croisades, le château de Najac, le vignoble de Marcillac… Tout y est, le décor est bien planté… Tout pour nous embarquer dans une énigme propice à rebondissements pour nous faire explorer « les arcanes et les bas fonds nauséabonds de Rodez »… Une histoire classique, bien rythmée, du suspens, un faux coupable trop évident, des conflits d’intérêts… l’intrigue est bien ficelée, les dessins et la mise en page au diapason, tout pour passer un bon moment et une agréable lecture pour se replonger avec gourmandise dans une période historique peu mise en lumière, avec un regret cependant quelques fautes d’orthographe ou de typographie oubliées ici ou là.                                                                                                                 Un album disponible à la médiathèque de Rodez comme il se doit… À noter qu’il en existe aussi une version traduite en occitan sous la plume de Jean-Louis Courtial.

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Bande à part

L’actualité toujours plus conflictuelle du Moyen-Orient depuis plusieurs décennies vous questionne toujours autant… Vous n’êtes pas insensible aux drames qui se succèdent encore et encore dans cette région où sont nées trois grandes religions monothéistes lesquelles se réclament pourtant toutes d’Abraham et qui plus souvent s’opposent qu’elles ne cohabitent sereinement… Les attentats meurtriers en réponse à l’occupation, les tirs de missiles ou les bombardements, les pogroms ou le blocus, le mur entre les populations, la Nakba, Auschwitz etc… sionisme, antisémitisme, droit au retour des expulsés de 1948, résolution 242 de l’ONU dite de « la paix contre les territoires », partition de la Palestine, droits des uns et des autres, Accords d’Oslo vers un respect mutuel… autant de notions politiques et historiques qui ne vous laissent pas indifférent à l’état du monde contemporain… alors ce livre est fait pour vous. Mieux même, il vous est indispensable tant il balaye large tous ces sujets et propose avec force cartes, synthèses, dessins, photographies et articles de haute tenue de faire le point sur ce conflit toujours irrésolu qui empoisonne la diplomatie internationale de longue date… et s’envenime toujours davantage dès qu’une lueur d’espoir pointe à l’horizon ou que des hommes de bonne volonté des deux cotés esquissent rapprochement ou solution respectueuse. « Gaza », sous-titre, un pavé dans la mer est un livre publié aux éditions la Boîte à Bulles, fruit d’un travail collectif dirigé par Maximilien Le Roy. Point de départ l’opération dite « Plomb durci » qui s’étale du 27 décembre 2008 au 20 janvier 2009, laquelle se traduira par un bilan provisoire de 1 315 morts et plus de 5 000 blessés côté palestinien face à la mort de 3 civils et 10 soldats et près de 200 blessés côté israélien…. Un ouvrage de plus de 300 pages pour essayer de comprendre pourquoi tant de haine, tant de massacres, tant de violence… Des textes brillants d’intelligence et tout en nuances de spécialistes incontestables comme Rony Brauman, ancien président de Médecins sans Frontières, Anne Paq membre de Voices Beyond Walls ou Michel Warschawski fondateur du Centre d’Informations Alternatives qui rassemble plusieurs mouvements pacifistes israéliens et organisations palestiniennes font ainsi écho aux témoignages écrits ou illustrés des habitants de Gaza…. Un ouvrage à plusieurs voix qui toutes clament haut et fort « pas en notre nom […] pour ouvrir d’autres perspectives… »                                        Passionnant et particulièrement bien documenté, c’est un livre exceptionnel pour quiconque s’intéresse à l’Histoire de notre temps!!!

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7 sur 7

« Chroniques de la Nationale 7 » sous-titré Vacances sur la route, scénario et illustrations de Thierry Dubois est un album paru aux éditions Paquet tout de nostalgie et de vague à l’âme pour conter, entre clins d’œil et documentation, l’histoire d’une route mythique qui est à la France ce que la fameuse route 66 est aux U.S.A. Si celle-ci traverse le pays de Chicago à la Californie et fait partie intrinsèque de l’histoire de ce pays et donc source d’inspiration pour Hollywood dans de nombreux films, la Nationale 7, la nôtre, c’est 996 kilomètres de Paris à Menton via la vallée du Rhône. Elle aussi résonne dans notre mémoire collective ne serait-ce qu’au travers de la chanson de Charles Trenet, laquelle date de 1955, mais que tout le monde connaît ou a fredonnée un jour ou l’autre… Cette bande dessinée est autant un livre d’histoire contemporaine pétillant d’anecdotes qu’un recueil d’instantanés qui parlent de la vie quotidienne. Plusieurs histoires courtes, sept nombre fétiche s’il en est, pour évoquer différents moments depuis les débuts de l’automobile à la fin du 19ème siècle ou les départs en vacances des années 50, la naissance des garages par nécessité ou opportunisme, la notoriété du nougat de Montélimar, la recette de « la dynamite », ce cocktail improbable qui permettait aux chauffeurs routiers de ce temps-là de rouler encore et encore pour tenir les délais de livraison, voire l’histoire de cette auberge renommée située juste au milieu de ce long trajet, étape idéale pour souffler un peu… Chaque aventure débute par une série de photos d’époque et un court résumé historique, ce qui permet de bien remettre le lecteur dans le contexte, un supplément tout de charme et de fantaisie qui témoigne combien l’auteur spécialiste éminent de cette route à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, mêle érudition et humour, où comment conjuguer authenticité et finesse d’analyse pour notre plus grand plaisir! Un livre dans la veine de l’école belge pour la ligne claire de ses dessins ou ses personnages tout en rondeur et en bonhomie, mais qui fourmille de tant de détails qu’en le lisant on plonge, ou replonge c’est selon, dans un pan de notre mémoire commune.                                                                                                                                            Disponible en accès gratuit sur le site Canal BD, un exemplaire à mettre dans toutes les mains, conducteur chevronné ou néophyte du volant!

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Tabarnak!

Une B.D. plus vraie que nature que l’auteur définit comme « une série de reportages sur ce que c’est d’être un Parisien qui arrive au Québec avec tout ce que ça peut comporter » et « un guide de survie en milieu nord-américain sauce poutine » telle pourrait se résumer au mieux « Wesh! Caribou » sous-titrée Chroniques d’un immigré dans le Grand Nord, parue aux éditions Rouquemoute il y a un peu plus d’un an et demi. Eldiablo, auteur touche-à-tout puisqu’il a déjà aussi bien travaillé pour des séries animées pour Canal Plus que participé à un groupe de graffeurs dans les années 80/90, réalisé des clips pour certains chanteurs que des courts métrages, a donc sauté le pas pour s’installer avec femme et enfants en 2015 dans cette province du Canada. Et c’est sur le mode de l’humour bon teint de celui qui ne se prend pas au sérieux mais avec beaucoup de détails solidement documentés qu’il nous prend à témoin de ses aventures. Des soucis avec son dentiste qui se comporte avant tout comme un businessman -car les soins dentaires ne sont bizarrement pas couverts du tout par la couverture maladie-, les cônes orange de la voirie dont il va faire une oeuvre d’art un « Urbanukshuk » à la façon d’un totem inuit en hommage à cette communauté… du plaisir qu’il prend aux hivers aux températures polaires et de son quotidien d’« accro à la blanche », la poudreuse, la sloche, lui le banlieusard qui s’est longtemps « rêvé en tenue de Musher dans les grandes étendues blanches par moins trente-cinq avec la neige qui fait scroutch scroucth sous tes pieds », une atmosphère et des paysages dont il ne se lasse jamais…. Dès la préface, le lecteur sait à quoi s’en tenir: ce sera non stop des clins d’œil ou des instantanés où la tendresse et la malice se mêlent pour faire de cet album « une déclaration d’amour à son pays d’adoption » aussi réjouissante que décalée et bienveillante avec force expressions imagées où l’on switche à loisir entre français pur jus et joual montréalais! Cette expérience autobiographique dont certaines planches ont été pré-publiées dans Fluide Glacial, le bien nommé pour l’occasion, s’avère un témoignage tout de sincérité et loin de toute caricature.  Aussi gourmand qu’une recette bien arrosée de sirop d’érable!

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Liban et arrière-ban

C’est une histoire autobiographique contée avec pudeur et nostalgie, celle d’une famille égyptienne, dont certaines racines sont aussi en Syrie, exilée au Liban depuis une dizaine d’années où ils y mènent une vie tranquille et paisible. Le père vaque en dilettante dans sa libraire Papyrus située à l’ouest de Beyrouth flattant allègrement les clientes auxquelles il fait de l’œil, la mère pas dupe est amoureuse de son meilleur ami gay et s’occupe de monter un spectacle d’avant-garde dans un cabaret, et leurs trois enfants qui sont fans de cinéma. Tous sont pétris de culture occidentale et se tiennent sagement éloignés du contexte politico-religieux qui bouillonne dans le pays entre les différentes communautés chrétienne, sunnite, chiite, druze, maronite etc … du genre explosif prêt à s’embraser au moindre incident. Tout débute en juin 1974 et, si la tension est déjà vive, rien ne laisse prévoir la guerre civile qui va brutalement éclater le 13 avril 1975 lorsqu’un car transportant des réfugiés palestiniens toujours de plus en plus nombreux dans le pays est attaqué par des miliciens phalangistes en représailles à un attentat… De ce jour ce cycle infernal dramatique devient la règle et cela va durer 15 ans: les atrocités se succédant de part et d’autres entre massacres comme dans les camps de Sabra et Chatila ou assassinats comme celui de Bachir Gemayel à peine élu président… « La guerre des autres » sous-titre Rumeurs sur Beyrouth est une BD de plus de 170 pages publiée à l’automne 2018 aux éditions La Boite à Bulles, laquelle suit ainsi au plus près comment cette famille va être impactée dans sa vie quotidienne jusqu’alors douce et paisible, autant que dans ses aspirations, ses rêves ou ses illusions. Bernard Boulad l’auteur, avec Paul Bona et Gaël Henry pour le découpage et les couleurs, met donc en scène sa vie et celle de ses proches… où comment du jour au lendemain, rien n’est plus comme avant… Amis ou relations dont on ignore les convictions profondes ou au contraire que l’on connaît et que l’on redoute… L’atmosphère de la ville de nonchalante, insouciante ou épicurienne s’assombrit chaque jour davantage… Il faut s’adapter, composer pour vivre ou survivre… Impossible d’échapper à son destin, à ce conflit qui malgré eux va les happer… Dessins a minima et sépia omniprésent permettent de se concentrer sur l’essentiel: l’histoire d’un pays d’adoption où l’on s’est construit, qui sombre dans l’horreur imprévisible et bouscule jusqu’à l’intime. Avec en annexe des photos de chacun des protagonistes et un résumé historique du Liban contemporain. Indispensable.

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De Cid de là

 

Du courage il en faut, et du talent toujours,

Pour faire lire aux enfants d’un collège actuel,

Ce classique de Corneille, cette histoire d’amour,

Qui se passe à Séville et finit en duel.

 

Car oui c’est bien « Le Cid, version 4ème B »

Paru chez Boite à Bulles proposé en BD,

Dessins et scénario sont signés Véropée

Et par Philippe Marlu, les vignettes illustrées.

 

Voici donc cette classe, et sa prof motivée,

Qui veut faire découvrir ce texte en vieux français

À de gentils élèves, pas trop intéressés,

Eux qui de loin préfèrent regarder la télé.

 

Leur lire des scènes entières, voir quelques vidéos,

Leur donner en devoirs d’écrire avec leurs mots,

Cette tragédie ancienne y compris en argot,

C’est offrir la culture à ces drôles de marmots.

 

Beaucoup d’pédagogie, écoute et bienveillance,

Du doigté de l’humour et beaucoup de vigilance,

Ces jeunes dissipés à la langue fleurie

Se laissent enfin convaincre, un pari réussi!

 

Entre choix cornélien et dilemme amoureux,

Tirades ou monologues, ils se prennent au jeu,

Éternité du texte ou gentilles parodies,

Il y’a de l’élégance, on en reste ébaubis.

 

Passer l’indifférence, le rejet, la méfiance,

Transmettre le savoir et leur donner confiance,

Transformer en débats cette affaire de vengeance,

Ce projet audacieux devient reconnaissance.

 

Tous les personnages ont des traits malicieux.

Sur la place des femmes ou les questions d’honneur,

Ne comptez pas sur eux pour rester silencieux.

De tous ces sujets graves, ils parlent avec bonheur.

 

La pièce originale toute en alexandrins,

Avec l’époque moderne alterne avec entrain.

Mais cette intrigue datée de plusieurs siècles d’écart,

Est plus qu’une épopée, une expérience à part.

 

Cet album insolite, en plein confinement,

Sur l’site Canal BD, peut se lire gratuitement!!!

 

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En Mozart majeur

Tout ce que vous ne saviez pas, et pour cause, à propos de la jeunesse de Wolferl comme il était surnommé amoureusement par ses parents, alias Wolfgang Amadeus lui-même dans ses plus jeunes années. Il ne vit que pour la musique et tout l’inspire: des crottes de son chien Pimperl, aux cris de sa sœur aînée Maria-Anna dite Nannerl, dont il n’hésite pas à tirer consciencieusement les cheveux pour pouvoir ensuite enrichir ses feuillets de notes traduites de ses cris stridents!!! Les fourmis, il les étale joyeusement sur ses portées, idem il se régale des oiseaux dont il guette le chant ou des grenouilles qui coassent etc… Obsédé de la composition, sonates, menuets et autres opéras, en permanence il écrit ses partitions sur tous les supports disponibles: murs de la maison familiale, enclos des animaux et jusqu’aux robes des personnages qu’il croise fussent-ils autant courtisanes qu’hommes d’église, c’est dire si cette BD est un modèle d’humour pétillant, de fantaisie débridée et de clins d’œil malicieux. « Le petit Mozart » signé William Augel, texte et illustrations, publié aux éditions la Boite à Bulles est une vraie pépite, un délice à déguster comme une « Sachertorte », cette spécialité de pâtisserie autrichienne que le maestro n’a hélas jamais goûté puisque confectionnée environ un siècle plus tard pour la noblesse du pays mais que l’on se doit de goûter absolument en complément d’un café viennois… En voyage pour accompagner son père un peu partout en Europe, son génie explose à chaque instant en virtuose incontesté du violon ou du clavecin dont il se plait à jouer les yeux bandés ou à l’envers au besoin pour épater le public qui se pâââââââme!!! Sans se prendre au sérieux mais avec la complicité chaleureuse du Mozarts Geburtshaus de Salzbourg qu’il remercie en avant-propos, ses mini-trips de quelques cases souvent encadrées d’interlignes laissant libre cours à son imagination débordante, les planches entières ou un seul dessin pleine page, autant d’anecdotes véritables de la vie de ce grand prodige qui se déclinent en folie douce, visent juste et conjuguent sens de la répartie, réflexions impertinentes du génie en herbe et regard plein de tendresse sur son époque et le monde qui l’entoure. Un joyau à savourer si possible avec une de ses musiques magiques plein les oreilles.                                                                                                  Disponible aujourd’hui encore gratuitement en ligne sur le site En confinement Canal BD, il ne faut pas s’en priver.

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Reporter sans frontières

Il est sur tous les fronts. Pour Arte, il croquera des dessins pour servir de contrepoint à des images… Au Bhoutan il ira à la rencontre de réfugiés coupés du monde dans des camps de fortune… Ailleurs en Ukraine, ce sera Tchernobyl, ses quelques babouchkas qui y demeurent encore, les familles des déplacés ou des liquidateurs qui témoignent… Ici le Liban hanté par la guerre civile et toujours confronté aux différentes tensions sociales politiques ou religieuses, là le Cambodge où il répond à une demande d’explorer la vieille ville de Phnom-Penh afin d’esquisser sur papier ce que pourrait être un nouveau plan d’urbanisme après des années de destruction, de reconstruction anarchique et de surpopulation… Mais aussi à Istanbul pour des planches magnifiques sur l’architecture de la ville, sans oublier, l’enquête inachevée sur l’accident du Malabar Princess dans les Alpes en 1950, ou bien en immersion dans une base secrète de l’armée française qu’il découvre d’un œil d’enfant… mais où il se fait fort, tout civil pas du tout entraîné tel qu’il se décrit, d’essayer de suivre les commandos qui se préparent pour de futures missions… Autant dire qu’avec toutes ces aventures, décrites avec humour distancié, bienveillance toute de malice et un air faussement naïf, Nicolas Wild nous propose rien de moins avec son dernier album « Mondo disco » paru cet automne aux éditions La Boite à Bulles que de le suivre au plus près sur différents fronts pour nous imprégner du monde actuel tel qu’il va. Le genre Envoyé spécial en version papier crayon pour décortiquer des situations disparates autant qu’éclectiques a priori, mais, in fine, qui s’entremêlent plus qu’elles n’y paraissent et résonnent souvent en écho les unes avec les autres… De la géopolitique de haut vol en version humanité authentique, discrète autant qu’omniprésente, beaucoup de sensibilité et le regard acéré pour rendre compte de réalités trop souvent méconnues. Parfaitement documenté, avec l’appui si nécessaire de spécialistes du sujet particulièrement précis et compétents sur tous les enjeux du moment, c’est avec un immense plaisir que l’on se glisse dans ses pas de globe-trotter infatigable dont les dessins tour à tour très stylisés ou au contraire soucieux du détail, en couleurs ou en noir et blanc tout de sobriété, rivalisent d’intelligence pour nous proposer des clés et découvrir d’autres facettes de notre époque.                                                                                      Chaque histoire se révèle passionnante, et compose ainsi un cocktail de grande qualité.

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Droits devant

Une analyse aussi fine que résolument déterminée sur « les laissées pour compte de la révolution égyptienne » pour reprendre l’exégèse du texte d’Amnesty International qui parraine cette bande dessinée parue dans la collection Contre-cœur aux Editions La Boite à Bulles, voilà comment on pourrait résumer ce livre. « Doigts d’honneur » scénario de Ferenc et illustrations de Bast mérite largement sa récompense obtenue au Festival International d’Angoulême il y a trois ans. C’est rien de moins au travers d’un récit fictif qu’une autopsie sans concession d’une révolution inachevée dans un premier temps puis, in fine, totalement dévoyée qui a certes emporté le dictateur Moubarak mais bien vite dévoré ses participants démocratiques et tout particulièrement les femmes, actrices de premier plan des manifestations mais très vite réduites au silence au mieux et pire plus souvent maltraitées harcelées ou violées. L’espace de quelques jours sous suivons le parcours d’une jeune étudiante en agronomie, certes accaparée par ses études, mais qui n’en oublie pas ce qui se joue alors en juin 2013, au Caire place Tahrir. Cette place de la libération qui portera bien mal son nom tant elle sera le théâtre d’affrontements sanglants et de déchaînements de violence de la part de l’armée contre les groupes clamant leurs volontés d’en finir avec la corruption, les magouilles en tous genres et clamant haut et fort des revendications de justice, de pluralisme politique et de respect des Droits humains!!! Sauf que la grande majorité des hommes égyptiens, engoncés dans le patriarcat bien pratique, dissimulés derrière l’excuse de l’Islam pour justifier tout et son contraire, ne veut absolument rien changer… Il faudra les agressions ou viols de six femmes journalistes occidentales dont Caroline Sinz de France 3 ou Sonia Dridi de France 24 pour attirer l’attention de l’opinion publique sur la condition des femmes dans ce pays, un des plus peuplés du monde arabe. Coutumes ancestrales que l’on laisse se perpétuer, volonté des autorités d’étouffer les plaintes des jeunes femmes victimes de violences sexuelles, malaise des familles qui craignent ostracisme ou représailles… le chemin est encore long pour que les femmes puissent défendre leurs droits les plus élémentaires à la dignité, au respect et à l’égalité avec les hommes. Un coup de projecteur toujours d’actualité, et un constat amer, tel est ce roman graphique majoritairement en noir et blanc, une histoire sensible magnifiée par des dessins très expressifs actuellement disponible gratuitement sur le Portail Canal BD.            Indispensable.

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