Autant en emporte le Liban

Une bande dessinée petit format, de simples instantanés où l’humour le dispute à l’anecdote sans prétention pour parler du «Liban, un pays compliqué» comme le lui répètent encore et toujours tous les personnages que la dessinatrice Lisa Mandel croisera pendant sa mission de plusieurs mois en cette fin d’année 2017. En effet l’année précédente, elle a accepté la proposition de l’O.N.G. Solidarités International de mettre son talent, reconnue comme une des valeurs montantes du 9ème art, pour croquer tout ce quelle verra au gré de ses différentes pérégrinations. Camps de réfugiés syriens ou palestiniens, stigmates toujours vivaces de la guerre civile, coupures générationnelles ou religieuses, place des femmes ou des homosexuels dans une société très clivée, clubs de gym improbables, houmous ou botox, du plus politiquement incorrect au plus futile… c’est avec un regard tout de tendresse et de bienveillance qu’elle nous fait partager ses surprises, ses doutes ou ses déceptions face à une population profondément marquée par le patriarcat, les divisions confessionnelles ou les classes sociales, lesquelles s’affichent ostensiblement… Entre fausse naïveté et ouverture d’esprit, incompréhension ou détachement, de ces aventures picaresques, elle tire un récit qui conjugue histoire et géopolitique, mise en perspective et détails cocasses. « Un automne à Beyrouth» publié dans la collection Shampooing des éditions Delcourt s’avère un modèle du genre: instructif et documenté, léger mais pas superficiel, on pense évidement dans le même style mêlant clins d’œil et émotions à l’auteur québécois Guy Delisle, lequel publie régulièrement des albums au hasard des engagements de sa femme, laquelle travaille un peu partout dans le monde pour Médecins sans Frontières. Ce témoignage relaté avec tout le recul nécessaire, sans a priori, ponctué ici ou là d’un zeste d’autodérision, transpose ses chroniques impressionnistes en un passionnant carnet de voyages.

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Chris et chuchotements

Chris Kyle, ancien des Navy Seal, une unité d’élite des forces spéciales, est devenu «The Legend» comme on l’a rapidement surnommé aux États-Unis, un tireur d’élite, «recordman du nombre de tués homologués de toute l’histoire de l’armée américaine» sic-160 victimes confirmées – cela veut dire avec témoin – soit une moyenne d’une par semaine pendant 3 ans, quasiment la durée de ses quatre missions en Irak d’où il est revenu multi-médaillé… À ce nombre il faudrait en ajouter presque une centaine de plus «non-confirmées» de quoi faire de cet individu assassiné le 3 février 2013 un mythe dans l’imaginaire US biberonné à l’ omniprésence des armes à feu avec, de facto, son cortège récurent de tragédies en temps de paix! Clint Eastwood a fait de son auto-biographie «American Sniper» un film sorti en 2014 lequel a explosé le box office dans son pays, et diffusé la semaine dernière à la télévision, ce qui a contribué grandement à transformer ce soldat en héros national, bien qu’il fut toujours très ambigu quant à ses motivations ou son idéologie. La bande dessinée «L’homme qui tua Chris Kyle» publiée l’an dernier chez Dargaud scénario de Fabien Nury, illustrations de Brüno se propose d’aller au-delà de l’imagerie développée par Hollywood pour à la fois percer la personnalité dans son quotidien via sa vie familiale autant que dans ses difficultés à se réinsérer dans la vie civile mais aussi in fine, en creux, celle particulièrement trouble de son meurtrier Eddie Ray South, un ancien marine souffrant de stress post-traumatique qu’il voulait aider. Au travers des interviews à la télévision en particulier à la chaîne ultra-conservatrice Fox News, non seulement du héros ou d’un des ses opposants les plus virulents mais aussi ultérieurement de sa veuve, laquelle publie elle aussi ce qu’elle espère devenir un nouveau best-seller, nous remontons le cours de l’histoire pour essayer d’en comprendre chaque instant… Où la notoriété de l’un se heurte à l’anonymat de l’autre jusqu’au geste imprévisible autant qu’inéluctable sur un champ de tir du Texas… Rythme soutenu, vignettes en adéquation, mise en perspective des différents protagonistes et récit richement documenté font de cet album une réussite totale.

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Reprendre du poil de la bête

Le second volume de la saga «Le château des animaux» transposition du roman de George Orwell «La ferme des animaux», cette dystopie satirique publiée juste au lendemain de la seconde guerre mondiale est paru en fin d’année dernière toujours chez Casterman. Cet opus Intitulé «Les Marguerites de l’hiver» nous invite à nouveau au cœur de cette dictature aussi sanguinaire que caricaturale, celle que mène un taureau despotique, lequel exploite toujours plus et sans scrupule ses sujets écrasés de labeur, avec sous ses ordres sa milice canine prête à tout… Sauf que la révolte prend chaque jour de plus en plus d’ampleur avec dans le rôle d’animatrice infatigable la jeune chatte craintive devenue une stratège hors pair, toujours à motiver ses troupes et à inventer de nouvelles formes de résistance… Le sacrifice de la poule ne sera pas vain… Un mouvement baptisée de son nom «Les Marguerites» est né et va aller crescendo, multipliant les actions: grèves en tous genres, sit-in immobile dans la neige face au tyran qui s’en étouffe etc… le parfait manuel de ce que l’on appellerait de nos jours désobéissance civile pacifique… Un défi incroyable nourrie de patience, d’exemplarité et d’inventivité pour faire face, avec un immense courage au tyran et à ses sbires, lesquels n’hésitent pas à utiliser intimidations et violences… voire simulacre de négociations… tout pour essayer de déconsidérer et diviser ces opposants aussi imprévisibles que déterminés… Affronter sa propre peur, les doutes de sa famille ou de ses proches, mettre en jeu sa santé voire sa vie… c’est dire à combien de difficultés chaque protagoniste doit se résoudre pour s’engager dans ce bras de fer à l’issue hautement incertaine… La force d’un peuple uni, solidaire et déterminé ou les ignominies de ce conducator, duce, dirigeant suprême, führer, caudillo, grand timonier et autre petit père des peuples etc… (liste hélas non exhaustive)! Scénario toujours haletant de Xavier Dorisson, superbes illustrations et couleurs de Félix Delep, mise en perspectives soignée, ce deuxième tome nous tient plus que jamais en haleine… Hâte de découvrir les deux prochains volumes prévus.

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Pas si bêtes

Une fable à déflagration lente, où pour combattre la violence, l’oppression et l’arbitraire, trois modestes individus déterminés autant qu’inventifs vont s’unir et dépasser leurs peurs légitimes de possibles représailles pour déstabiliser par l’humour ou la ruse doublés d’une bonne dose d’audace… et, in fine, réussir un improbable pari. Mettre en échec un tyran assoiffé de pouvoir, à l’ego surdimensionné qui ne s’impose que grâce à sa milice sanguinaire… Autant dire que cette situation fait écho depuis longue date à de nombreux épisodes historiques où le courage de quelques-uns, à l’origine, bien vite rejoint par de plus en plus de monde ont vaincu des dictatures que l’on croyait à jamais indéboulonnables. Le court roman de George Orwell « la ferme des animaux» publié au lendemain de la seconde guerre mondiale est vite devenu le modèle de référence en la matière, où chacun peut, à loisir, y voir la critique de tous ces régimes qui ne reposent que sur la force, la délation, le mensonge et la cruauté d’un absolutisme sans limite. Inutile d’en faire la liste, elle serait trop longue et toujours incomplète! Deux auteurs de bande dessinée, Xavier Dorison scénariste et Félix Delep illustrateur ont fait le pari de remettre au goût du jour cette dystopie intemporelle dans une série prévue chez Casterman sur quatre volumes «Le château des animaux» dont le premier opus intitulé « Miss Bengalore » vient de paraître. Pas anodin que ce titre, lequel évoque l’Inde puisque la figure tutélaire de Gandhi,-celui que Churchill qualifiait «de fakir va-nu-pieds»- y est explicitement représentée et que c’est le nom de la jeune chatte craintive, et avant tout préoccupée par ses deux petits, qui, avec l’aide d’un lapin espiègle et turbulent et d’un rat à lunettes volontiers théoricien pacifiste, va sonner l’heure de la révolte… face au despote et à sa garde prétorienne. Ce pari audacieux où le trait incisif des dessins aux couleurs chatoyantes se mêle à ce récit tout d’âpreté et de douleurs, mais aussi d’espoir et de solidarité, se révèle particulièrement convaincant. Parabole hautement symbolique qui rend hommage au courage des plus humbles et où flotte le parfum fiévreux de l’esprit de résistance et de liberté…

Un bestiaire paradoxalement débordant d’humanité.

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Chants magnétiques

Un récit totalement improbable que celle d’un fan absolu de musique française des années 70, «la honte à l’époque» pour ses copains, lesquels ne jurent que par la pop anglaise, mais qui, 30 ans plus tard, garde toujours intact dans sa mémoire le souvenir d’un disque qu’il a si souvent écouté qu’il le connaît pratiquement en intégralité: «un original devenu introuvable de 13 chansons, tendres ou saignantes avec cette voix unique qui vous remue les tripes». Des textes, dont Didier Tronchet va faire le fil rouge de sa quête obsessionnelle dans la bande dessinée «Le chanteur perdu» qu’il signe, parue récemment chez Aire Libre. Comme seuls repères de cette aventure/retrouvailles, la pochette de ce 33 tours sorti en 1975 produit, excusez du peu par Pierre Perret, et qui bien qu’il ait reçu en son temps le prestigieux prix de la Sacem mais aussi le soutien de Georges Brassens ne se vendra guère… Fin de partie pour cet ancien prof de sciences naturelles qui démissionnera de l’Éducation Nationale, pour vivre sa passion pour la plongée sous-marine à laquelle il consacrera même un guide pratique, pour se retirer in fine sur une île minuscule au large de Madagascar où il vit toujours. Une histoire authentique donc d’une odyssée depuis la Bretagne jusqu’à l’Océan Indien, un puzzle reconstitué au gré du hasard de rencontres, de fausses pistes, de souvenirs partagés, d’émotions à fleur de peau… pour «retrouver un vieil ami cher». Où comment le réel se mêle à la fiction pour raconter en filigrane la France de ce temps-là, au travers de ce héros – de son vrai nom Jean-Claude Rémy- né métis en Indochine sous protectorat, sa famille déchirée exilée en métropole et marquée par la colonisation… Planches et illustrations faussement naïves aux teintes pastellisées, rythme soutenu du scénario sans cesse remis en abîme, tout concourt pour faire de cet album une réussite. Avec en prime une dizaine de pages avec photos de cet artiste «météorique» mais surtout la possibilité de découvrir toutes les mélodies citées sur le site de l’auteur.

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À mi-parcours

Quand on a 20 ans des projets plein la tête, que l’avenir s’ouvre devant soi, que l’on ne se donne aucune limite, rencontrer un quinquagénaire toujours prêt à raconter ses mêmes souvenirs, ses regrets ou ses doutes, on voit ça au mieux, de très loin en n’y prêtant aucune attention, sinon polie, au pire, comme les complaintes des anciens avec qui on n’a rien en commun… Promis, juré, ces discours de ceux que l’on considère comme des has been au bout du rouleau, ce ne sera pas pour nous. Jamais! Quand avançant en âge, que vient votre tour, ce n’est plus du tout la même histoire… C’est ce qui arrive au héros de la bande dessinée publiée chez Futuropolis «Les couloirs aériens» un livre signé de trois auteurs: Étienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier scénario, dessins et photographies, lesquels se connaissent depuis longtemps car ils se son rencontrés au milieu des années 80 sur les bancs de la fac. Point de départ: l’histoire personnelle de l’un d’entre eux, lequel vient la même année de «perdre son boulot, son père et sa mère». D’où une situation compliquée qui le pousse à renouer avec ses anciens copains, eux aussi au tournant de leurs vies respectives, empêtrés au pas avec les mêmes questionnements quant à leur quotidien: famille, amours, carrières etc… C’est de son refuge chez des proches dans un petit village du Jura en plein hiver qu’il va remonter le cours de sa mémoire, celle qui se ravive à chaque objet retrouvé au hasard des cartons -babioles, fringues, vieux bouquins-, autant de clés qui lui remémorent son passé, sa jeunesse, son insouciance, ses premiers émois ou ses folies… Ce livre transcende ce qui pourrait n’être que nostalgie teintée d’amertume en pari de nouveaux possibles, porteurs de promesses. «Ce virage un peu casse-gueule» devient in fine un nouveau point de départ. Un remède bourré d’énergie et d’optimisme, d’autant plus nécessaire en ces temps de pandémie.

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Color gitano

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean Reinhardt, alias Django, «celui qui réveille» et tout particulièrement sur son enfance méconnue, vous le découvrirez dans l’album paru récemment chez Aire Libre signé Salva Rubio pour le scénario avec des dessins de Ricard Efa. «Django main de feu» retrace les premières années de celui qui inventa un style musical, mêlant le rythme du «jass» américain comme il l’appelait, à sa culture manouche d’origine. Tout commence avec sa naissance le 23 janvier 1910 à Liberchies près de Charleroi en Belgique sur un chemin enneigé entre deux villages, ensuite ce sera la Zone, un endroit perdu extramuros aux portes de Paris et qui très vite deviendra un bidonville entre habitations de fortune et roulottes… C’est là qu’il jouera ses premières mélodies sur un violon, son premier instrument, puis très vite sur un banjo d’occasion, cadeau de sa mère, laquelle élève seule toute la famille. Sa dextérité hors du commun attire très vite l’attention de tous: celle du campement initialement, ce qui lui vaut d’intégrer l’orchestre familial… dont il devient l’incontestable attraction. Les chefs les plus célèbres se l’arrachent et lui font signer ses tout premiers contrats. Sa réputation grandissante, le succès de ses disques, son avenir semble assuré… jusqu’à ce jour tragique où l’incendie accidentel de sa roulotte le laissera gravement blessé à la jambe droite et à la main gauche… jusqu’à craindre l’amputation! À force de volonté et d’abnégation il parviendra à remarcher mais restera privé définitivement de l’usage de deux doigts paralysés… ce qui l’obligera à développer une technique nouvelle mieux adaptée à la guitare, celle que lui apportée son frère. On connaît la suite: concerts flamboyants, tournées mondiales avec les plus grands noms etc… Ce récit haut en couleurs s’accompagne d’un dossier complémentaire d’une dizaine de pages avec moult photos d’époque en noir et blanc, d’une biographie sélective, d’une préface toute de respect et de tendresse de Thomas Dutronc et d’une planche inédite numérotée sur un papier magnifique… C’est dire si ce livre est un bonheur total dont il ne faut pas se priver et l’occasion de revoir le film biographique sorti en 2017 avec Reda Kateb dans le rôle titre.

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Noirs désirs

Un titre aussi énigmatique qu’ambigu à souhait -« Dans mon village, on mangeait des chats »- pour cette bande dessinée publiée aux éditions Grand Angle, laquelle se situe bien au cœur de notre région, entre Tarn et Toulouse. Ce récit à la façon d’un film noir se propose de retracer l’itinéraire initiatique d’un jeune garçon à l’enfance meurtrie, entre son père violent envers tous ses proches et sa mère qui se prostitue. Un jour, en se promenant, lui et sa petite sœur surprennent le boucher du village devenu une personnalité respectée de ce bourg, dont il est même devenu maire. Ces fameux pâtés dont raffole toute la population alentours, et qu’il vend au prix du foie gras, en fait, ce sont tous les chats de toutes races qu’il capture régulièrement et dont il fait sa matière première. Sauf que ce secret éventé lui attire la colère, les menaces et les coups de cet ignoble personnage… qu’il affrontera jusqu’à le tuer pour se défendre. Meurtrier pour sa survie, et parricide par accident, cela lui vaut d’être envoyé plusieurs années dans un I.S.E.S. Institution Spéciale de l’Education Surveillée. Là, il y rencontrera ses premiers vrais amis, des jeunes comme lui, laissés pour compte de la société… et débutera avec eux son parcours de délinquant jusqu’à devenir un chef de bande redoutée, lequel fera fortune dans le trafic de boissons et de cigarettes, puis en recyclant cet argent sale, dans des bars, restaurants ou casinos… « jusqu’à diriger un empire criminel » ! Un scénario signé Philippe Pelaez pour un polar bien glauque en version locale donc, où les meurtres les plus sordides se succèdent avec en toile de fond les blessures indélébiles d’une jeunesse chaotique. Un récit tout de suspens soutenu par des illustrations minutieuses de Francis Porcel entre coloris sépia, teintes grisées ou plus chaudes, c’est selon, pour donner à cet album une ambiance très particulière: entre fausse biographie nostalgique et dramaturgie riche de rebondissements. Une nouveauté à découvrir à la médiathèque de Rodez

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La marche du siècle

C’est un scénariste bien connu, touche-à-tout de la bande dessinée, aussi talentueux qu’éclectique, aussi à l’aise pour écrire des intrigues géopolitiques aussi tortueuses que vraisemblables, des récits de science-fiction à peine en avance sur notre époque ou des énigmes policières de série noire. Il « s’était promis de ne jamais écrire d’autobiographie ». mais paradoxalement, c’est par ces mots qu’il commence la préface de « Est-Ouest » son dernier album paru il y a peu chez Aire Libre. Le sous-titre « Choses vues par Pierre Christin et dessinées par Philippe Aymond » est sans ambiguïté: une ballade parmi les souvenirs et les rencontres qui ont marqué une vie bien remplie: « une espèce de road-movie cabossée » -sic-, ainsi qu’il le définit lui-même toujours dans son avant-propos. Un volume de plus de 130 pages où l’on remonte le temps, depuis le milieu des années 60 où il part enseigner la littérature française à Salt Lake City, capitale des Mormons mais aussi ouverte sur l’Ouest mythique sublimé dans nombre de films avec, ipso facto, la découverte de ce mode de vie américain où le crédit et la consommation à outrance sont la règle, jusqu’à sa première histoire envoyée à l’aveugle à Pilote dirigé alors par René Goscinny, lequel, surprise, la publiera!!! On découvre aussi des flashbacks en noir et blanc sur son enfance à Paris pendant la seconde guerre mondiale, puis la libération, le gaullisme, l’indépendance de l’Algérie… au travers de ses yeux d’étudiant engagé… Enfin pour la dernière partie, place à ses voyages à bord de vieilles bagnoles de l’autre côté du « rideau de fer », comme on disait à cette époque, pour découvrir de ses propres yeux la réalité de ces pays: in fine, confronter « la société du bien-être à l’Ouest à l’avenir radieux à l’Est ». Entre clins d’œil et réalisme, anecdotes et philosophie de vie, on savoure avec plaisir ces tranches de vie aussi authentiques et hautes en couleurs,- dans tous les sens du terme-. Du Flower Power à la catastrophe de Tchernobyl, « c’est l’histoire subjective de la seconde moitié du XXème siècle » que l’on revisite avec autant de nostalgie que de tendresse. Du pur bonheur magnifiquement sublimé par un graphisme très soigné dont il ne faut absolument pas se priver.                      Exceptionnel.

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Chromatisme

Un album engagé sur un sujet extrêmement douloureux, tel est « Pour une couleur de peau » scénario d’Edimo, un auteur camerounais avec des illustrations de trois de ses compatriotes dans des styles totalement différents. Ce livre vient d’être récemment publié aux éditions L’Harmattan BD, une collection pour permettre aux auteurs africains de se faire connaître au delà de leurs terres d’origine. L’histoire nous conte, étalée sur plusieurs années, les aléas de la vie d’une petite fille née albinos dans un petit village du Cameroun… un « enfant guinguérou » comme on les surnomme localement de façon très péjorative. Ils sont supposés porter malheur, susciter nombre de craintes et de superstitions en tous genres, d’être une malédiction pour toute la famille… in fine, rejetés à chaque instant et même être en permanence en danger car décrits par certains comme dotés de pouvoirs surnaturels et mystiques, dont celui d’être une antidote du sida! Sa mère qui l’élève seule va non seulement la protéger mais plus encore lui donner l’énergie de faire de cette différence sa force pour grandir et devenir une femme éduquée et très respectée… Un récit divisé en trois parties: d’abord l’enfance dans des teintes évanescentes et bleutées de Joseph Danny Nyembi pour sceller ce destin que l’on devine chaotique, puis ce sera l’adolescence dans des formes et couleurs beaucoup plus tranchées de Nathanaël Ejob, et enfin à l’âge adulte sous les traits de Martini Ngola pour des planches toutes de sérénité façon comics. Une fiction certes, déclinée en trois tons très divers, mais pour mettre en lumière un phénomène dont on en parle très peu mais qui fait toujours de trop nombreuses victimes un peu partout sur le continent car nombre d’albinos y sont victimes de menaces, de viols, de discriminations, de persécutions voire même de meurtres en raison de cette maladie due au manque de pigmentation de leurs corps et de leurs cheveux. L’O.N.U a d’ailleurs pris conscience de l’ampleur du problème jusqu’à instaurer chaque 13 juin une journée mondiale de sensibilisation à l’albinisme!                                                                                                                                      Efficace et pertinent pour changer le regard social.

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