Comment ça marche?

Sur une toile, étalé au sol, tout un attirail hétéroclite de carter, carburateur, bielle, piston et autre… un peu en retrait, un étau et des outils, plus loin un  solex modèle antique, témoin d’une époque révolue et que l’on ne voit plus que chez les collectionneurs, sur les sites de vente aux enchères par internet où chez les fanas de mécanique, lesquels s’extasient volontiers devant les performances d’un engin capable de pointe à 25 km/heure! voilà planté le décor… Déboule sur scène Fabrice Guérin de la Cie la Façon, salopette bleue et traces de cambouis incluses, lourdes chaussures de protection et bonnet rivé sur la tête, lequel nous explique toute la généalogie de la machine, le pourquoi du comment du fonctionnement du moteur, la quintessence -c’est le cas de le dire- de ce cyclomoteur qui fit fantasmer tant de générations, et, devant nous, méthodiquement, méticuleusement, il nous explique, tout de pédagogie malicieuse, qu’il va remonter l’objet ainsi désossé, et le faire redémarrer… Cela pourrait n’être qu’un cours banal ou fastidieux, c’est selon, sur les vertus de la mécanique, les propriétés pas très écologiques de ce moyen de transport aujourd’hui disparu, etc… mais pas du tout. Grâce à la gouaille de l’artiste, sa présence, son empathie naturelle, sa disponibilité constante, on se laisse embarquer avec plaisir dans son discours tous azimuts… Quand en plus, s’ajoute à ses commentaires fantasques une note de gravité sur le drame personnel qui le touche au premier chef, -sa mère est en en réanimation dans un hôpital-, ses digressions se doublent d’un voile d’humanité qui vont droit au cœur. Il faut une bonne dose d’humour, teintée de douce mélancolie pour comparer froidement la chirurgie et la mécanique, les tuyaux de survie d’une part et l’agencement de pièces métalliques d’autre part, « une question d’outillage » ose-t-il pince-sans-rire… Un texte plus malin et élaboré qu’il n’y parait, rebondissant de saillies en second degré, pour nous parler du temps qui passe, des copains dont on se moque affectueusement, de la fragilité de l’existence etc… du futile comme de l’intime… une philosophie de vie qui respire l’écoute et le respect d’autrui… Quand à la fin, il enfourche le vélomoteur et fait le tour de la scène, c’est la reconnaissance d’un travail bien fait que l’on applaudit, doublé en filigrane de l’espoir en la médecine capable elle aussi du meilleur. Présenté hier dans la salle des fêtes de Pont les Bains à l’invitation de Vallon de Cultures on pourra revoir « Solex » ce spectacle sensible, ce soir à Saint Cyprien ou dimanche à la Menuiserie à Rodez.

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Auto, duo, brio

« Pour le meilleur et pour le pire » n’est pas seulement une formule rituelle prononcée lors de cérémonies de mariages, c’est aussi le titre du spectacle de la compagnie de cirque Aïtal qui était hier soir invitée à La Baleine, pour une première représentation en salle d’un show qui tourne depuis 2011 et a déjà été vu plus de 400 fois. La scène est recouverte de terre et de sable, et c’est là que déboule une vieille guimbarde brinquebalante, une Simca rouge vif hors d’âge avec à l’intérieur deux personnages aussi dissemblables que possible. Lui, genre colosse herculéen tout en muscles et en bonhomie, volontiers blagueur mais aussi capable de piquer des colères mémorables, elle format de poche aussi fluette qu’il est massif, se révélera une voltigeuse aussi fragile qu’extraordinaire, une pile électrique mêlant fluidité et énergie, un couple qui, une heure durant va multiplier les postures athlétiques ou les chorégraphies pimentées de sensualité malicieuse, le tout teinté de poésie subtile… Les porters mains à mains, les sauts périlleux et autres acrobaties éblouissantes, le travail à la corde ou, beaucoup plus improbable et totalement inédit, avec la tuyauterie du pot d’échappement de leur véhicule en guise de perche, autant de figures toutes de vitalité, de puissance et d’inventivité plus séduisantes les unes que les autres qui enthousiasment la salle pleine à craquer. De la folie douce en guise de leitmotiv, des séquences frappadingues comme au badminton, des musiques délirantes toujours raccord, des gags fantaisistes avec cette voiture fantasque dont on ne soupçonne jamais toutes les possibilités infinies, sont autant de rebondissements toujours plus surprenants pour agrémenter une prestation particulièrement réussie de bout en bout. Voilà pourquoi le public applaudissait à tout rompre lors du final au point que les deux artistes devaient revenir encore et encore saluer les spectateurs absolument conquis. Victor Cathala, toulousain d’origine et Kati Pikkarainen poupée finlandaise à la blondeur incarnée, proposent avec ce spectacle de revisiter autant le spectaculaire que l’intime d’une vie de circassiens dont la complicité joyeuse est un modèle du genre.                   Absolument magnifique. À voir ou à revoir ce vendredi en soirée à la Maison du peuple à Millau.

 

 

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Côté cœur, côté jardin

Un jardin public tout ce qu’il y a de banal, un banc à l’abri des arbres où en toute quiétude se reposer pour lire, rêver, papoter de tout et de rien… mais aussi, hélas, devenu au fil du temps le lieu de vie d’un S.D.F. aussi ombrageux et velléitaire que bourru au grand cœur … C’est son refuge bien à lui, agrémenté de son chrysanthème avec lequel il dialogue, son chez soi au yeux de tous, sur lequel il dort chaque soir calfeutré dans un vieux manteau « qui pue mais qui tient chaud », un personnage devenu familier à la gardienne qui le couve d’un œil bienveillant… C’est là aussi que débarque un jour à l’improviste un cadre apparemment bien sous tous rapports, costard et cravate, mais à la dérive et qui s’apprête à faire « le saut de l’ange sans les ailes » depuis un petit pont en surplomb… Là aussi qu’une bourgeoise encore fringante habillée du dernier chic dans sa robe longue fleurie se love pour lire, ou relire, un volume d' »À la recherche du temps perdu », contexte oblige, titre particulièrement raccord avec ces puzzles de vies en suspens. « La Vie Va » texte de Didier Larnaudie dans une mise en scène de Myriam Gauthier, par la compagnie Papillon une émanation des Cap Nanas, une troupe dont on a déjà vu plusieurs spectacles, nous proposait hier dans la petite salle cosy du Théâtre du Chariot à Bourran une variation toute de nostalgie douce-amère, de gouaille rageuse, de fraternité induite et de foi en l’avenir sur le temps qui passe, « cicatrise les plaies ou enveloppe d’oubli »… Où les relations humaines sont faites de chair et de larmes, de rires et de surprises, de passions, de joies, de peines… Les quatre acteurs, dont l’auteur, mettent énormément de sincérité et de présence pour incarner ces êtres humains entre fragilité et espoir, en quête, chacun à sa façon, de tendresse et de chaleur, d’écoute mutuelle voire de complicité à partager… Les comédiens très homogènes installent d’emblée cette atmosphère où chaque geste, chaque mot compte pour rompre la solitude des uns, le mal de vivre des autres ou le spleen de tous. La musique enlevée qui rythme chaque acte, rajoute une tonalité toute de douceur bienvenue pour donner à cette comédie des couleurs pastels de destins en devenir où « vivre l’instant est ce qui compte le plus »… Ce que Jean Cocteau résumait ainsi: « Le verbe aimer est difficile à conjuguer, son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif et son futur est toujours conditionnel ».          Une représentation qui manquait parfois de fluidité, une première c’est toujours délicat, mais une pièce de théâtre riche de sensibilités qui est encore à l’affiche ce soir, toujours à 21 heures, même lieu.

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Eux de Pâques

Autant cette petite île perdue au milieu de l’Océan Pacifique fait rêver aussi bien les marins au long cours -on pense notamment à l’albigeois Jean-François de La Pérouse-, les aventuriers en mal d’exotisme que de nombreux scientifiques de toutes disciplines (archéologues, linguistes et autres) autant on ne connaît que très peu ou bien partiellement l’histoire de ses habitants: les Pascuans. Tout l’intérêt de la bande dessinée parue l’an dernier aux éditions La boite à Bulles « Esclaves de l’Île de Pâques » signée Didier Quella-Guyot au scénario et Manu Cassier pour les illustrations est de montrer comment une civilisation et une culture préservée par son éloignement ont été terriblement impactées, bouleversées et in fine anéanties par la cupidité des uns ou la volonté d’évangélisation à tout prix des autres. Objet de fascination autant que de fantasme de la part des européens depuis sa découverte en 1722 par le navigateur hollandais Jakob Roggeven, c’est d’abord au XIXème siècle pour des raisons purement économiques que les Péruviens les premiers organisent des expéditions pour capturer ses habitants réduits en esclaves pour exploiter le guano, engrais naturel que tout le monde s’arrache… Ensuite débarqueront des missionnaires français, en particulier Eugène Eyraud, un prêtre ouvrier habité par une volonté inébranlable de promouvoir sa religion et de convertir les Pascuans, lesquels préfèrent garder leurs croyances, et qui découvrira le premier les tablettes gravées d’écriture rongorongo à ce jour encore jamais totalement déchiffrée. Puis accosteront d’autres individus beaucoup moins pacifiques qui y voient surtout l’occasion de s’enrichir rapidement comme Jean-Baptiste Dutrou-Bornier, un marin ambitieux qui se fait fort d’y développer élevage et agriculture, prendra pour épouse une descendante royale, s’imposera comme un tyran sans foi ni loi jusqu’à s’autoproclamer roi de l’île sous le nom de Ioane 1er… C’est cette histoire incroyablement tragique d’un ethnocide qui nous est contée dans ce récit implacable, lequel se prolonge d’une très riche  documentation à la fin de l’album, puisque d’une population évaluée entre 3000 et 4000 personnes, il ne restera à sa mort en 1876 que 175 autochtones Rapanuis sur l’île. Découpé en plusieurs chapitres bien construits, on suit pas à pas les différents protagonistes de ce drame dont les légendaires Moaï demeurent pour l’éternité les témoins silencieux.                                                                                                                                                       Un album à l’esthétique très soignée et remarquable d’intelligence à lire absolument.

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Diàrio de uma favelada

Le destin incroyable d’une auteure brésilienne qui connut la misère et l’exclusion, élevant seule ses trois enfants dans la favela de Canindé, dans la banlieue de Sao Paulo, où elle construisit elle-même sa cabane avec des matériaux de récupération. Une masure misérable d’où chaque matin elle partait ramasser tout ce quelle pouvait trouver de déchets recyclables (papier, ferraille, boîtes de conserve etc…) pour ensuite obtenir quelques pièces en échange, de quoi nourrir ou pas, au jour le jour, sa famille, laquelle vivait dans le dénuement le plus complet. Tout cela elle le consignera scrupuleusement dans un journal intime, noircissant des pages et des pages écrites au crayon et au stylo d’une vingtaine de cahiers pour raconter son quotidien… En 1958, un jeune journaliste Audàlio Dantas se rend dans la favela pour son journal Folha Da Noite et, par le plus grand des hasards, la rencontre durant son reportage. Elle lui montre ses textes, poèmes, nouvelles, proverbes, romans qui témoignent de sa vie et de celle de son entourage. Séduit et enthousiaste, il écrit le 9 mai un premier article dans son journal reprenant des extraits des écrits signés Carolina Maria De Jesus sur « la description brute du monde sordide dans lequel elle vit « . Un reportage qui changera à jamais le destin de cette femme à la personnalité bien trempée et lui vaudra d’être enfin éditée. Son premier livre « Quarto de despejo » récit de sa vie dans la favela étalée sur plusieurs années, se vendra à plus de cent mille exemplaires… et paraîtra en français chez Stock en 1962 sous le titre « Le dépotoir »… Un incroyable succès de librairie pour un ouvrage d’une citoyenne noire sous la dictature militaire de l’époque qui fera d’elle une célébrité nationale et internationale… Gloire éphémère qui ne dura que 5 ans, mais lui permit d’emménager enfin dans sa propre maison en dur où, retombée dans l’oubli, elle mourra en 1977, laissant derrière elle de nombreux textes non publiés: pièces de théâtre, chansons, fables, chroniques, etc… Elle qui a surmonté les obstacles et le préjugés liés à ses origines sociales et à sa couleur de peau dont elle était très fière a donné ses lettres de noblesse à la littérature noire au Brésil « une écriture de chiffonnier » pour dénoncer les injustices… au plus près des pauvres et des laissés pour compte qui n’acceptent plus de se taire. La bande dessinée « Carolina » parue aux Éditions Presque Lune signée Sirlene Barbosa pour la documentation et Joao Pinheiro pour le scénario et le graphisme est un modèle du genre: style épuré, noir et blanc crépusculaire, mise en page soignée, rythmé comme une épopée… tout pour mettre à l’honneur une personnalité hors du commun.                                Une nouveauté de la médiathèque de Rodez à découvrir au plus vite.

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Cabinet de curiosités

Voilà un moment qui portait bien son nom que le rendez-vous donné au musée Fenaille hier en fin d’après-midi à une petite centaine de personnes, lesquelles avaient pris la précaution de réserver au préalable, question de jauge oblige. Répartis au hasard des salles , des couloirs voire dissimulés derrière des portes à l’abri des regards, six musiciens venus d’Espagne, d’Allemagne ou de France, dont un de Rodez, ont proposé « un parcours musical surprise » pour accompagner les visiteurs qui déambulaient dans cet espace à l’atmosphère déjà si particulière, tant l’architecture sur plusieurs niveaux et aux multiples recoins lui donne une tonalité bien spécifique. Le Festival Subran,-soudain ou à l’improviste en occitan-, est à Rodez dans le cadre du siècle Soulages pour une dizaine de jours pour des « musiques aventureuses » dans différents lieux emblématiques de la ville, l’occasion de découvrir  » Le 7 ème continent » du nom de cette formation qui fait référence à tous les déchets flottants dans l’océan, aussi hétéroclite du point de vue instrumental avec force synthés ou amplis qu’insolite quant aux sonorités proposées… Si vous êtes curieux, aimez les créations qui sortent des sentiers battus, qui emportent ou qui déroutent, ces moments sont faits pour vous tant le résultat s’inscrit dans cette veine… Énigmatique ou minimaliste, stridente ou syncopée, envoûtante ou obsessionnelle, entre cri primal et feulement inquiétant en pleine jungle, cacophonie organisée ou variations équivoques, chacun y reconnaît ce qu’il veut, il faut se laisser porter pour mieux s’égarer devant cette vitrine ici, devant cette statue-menhir là, ou s’émerveiller devant le destin hors norme d’Henri Cot, dit le géant du Cros, 2,30 mètres pour 170 kilos, natif de Mounès-Prohencoux dans le sud du département, lequel fut embauché par le cirque Médrano au début du XXéme siècle pour être exhibé un peu partout dans le monde. « Freaks » le film culte de Tod Browning résume très bien les destins de ces personnes au physique hors norme, lesquelles attiraient des foules toujours nombreuses lors des tournées de leurs chapiteaux. Masqués ou visages découverts, c’est selon, les différents instrumentistes pendant plus d’une heure, entre improvisation, bruitage, partition écrite ou installation sonore prolongeaient d’accords aussi inattendus que surprenants les expositions en place.                                                                                       Le sextuor sera en soirée aujourd’hui et demain à la Menuiserie et ce dimanche après-midi au musée Soulages, autant d’enregistrements prévus pour France Musique.

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Bloody Mary

L’histoire, ou la légende, c’est selon, retient d’elle ce surnom sanguinaire, tant sa cruauté vis-à-vis de ses opposants était notoire… avec son cortège d’assassinats et de persécutions, au point que ce cocktail fameux à base de jus de tomate bien écarlate, pimenté et épicé ferait ainsi référence à toute l’hémoglobine versée en son nom! Cette figure sulfureuse, « Marie Tudor », Victor Hugo en a fait le centre de sa pièce éponyme, la seule parmi les différents personnages de ce drame de bruits et de fureurs à avoir réellement existé avec l’ambassadeur d’Espagne, lequel intrigue pour arranger une alliance entre les deux pays. Nous sommes en 1553 et la souveraine toute puissante d’Angleterre et d’Irlande qui régnera in fine pendant un peu plus de 5 ans, s’est entichée d’un bel italien, genre gouailleur invétéré à la guitare mielleuse et roucoulante… Sauf que celui-ci la trompe allègrement et sans vergogne avec une jeune orpheline promise à un ouvrier ciseleur qui l’adopta jadis, et dont on apprend très vite qu’elle se révèle en fait être la riche héritière d’un pair du royaume mort assassiné, sans descendance connue… Une intrigue alambiquée à souhaits et à tiroirs, source de nombreux rebondissements pour immerger le public dans cette atmosphère de cour bruissante de complots, d’enjeux de pouvoirs et de passions dévorantes où tous les coups sont permis! La version proposée hier en soirée à La Baleine par la compagnie toulousaine « Ah! Le Destin » revisite complètement cette pièce aux accents shakespeariens. Au niveau costumes tout d’abord: point de collerettes, pourpoints et autres crinolines, mais du tout venant actualisé: doudounes, pantalons de survêtement, salopette, baskets etc… et un décor genre échafaudage mobile qui joue sur un dégradé de niveaux, raccord avec la hiérarchie sociale induite: du plus haut, un trône tubulaire et minimaliste surmonté d’une couronne métallique, au plateau pour les manants, via des étages intermédiaires pour la noblesse grenouillante… L’éclairage s’inscrit dans cette même veine… plus souvent pénombre ou de côté, propice à mettre en valeur toute l’ambivalence de chacun, des désirs les plus inavouables aux vengeances toutes de fourberies… question symbolique les tenues successives de la reine, mi-ange, mi-démon, virent ainsi d’un blanc virginal à un noir profond… Le texte déclamé façon tragédie antique exaltée ou en réparties plus contemporaines se fond dans cette représentation qui se joue des siècles et de l’absolutisme en politique… Un spectacle ambitieux et bouillonnant sans aucun doute, mais pas aussi convaincant que les précédents tels Caligula vu l’année dernière.

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