Écrivain sans frontières

Disons le tout de suite, «Agota» par la troupe du Théâtre du Contre Jour venue de Clermont-Ferrand, adaptation du récit autobiographique d’Agota Kristof publié sous le titre «L’analphabète» en 2004 est une pure merveille, un diamant brillant de mille feux. La mise en scène signée Catherine Groleau fourmille d’inventivité et d’intelligence, les trois comédiens sont absolument parfaits -avec à bon escient l’accent helvète délicieusement velouté-, et les lumières ou la bande son d’une précision diabolique rajoutent un superbe écrin qui en sublime chaque instant. Probablement une des meilleures pièces vues depuis bien longtemps, bouleversante d’empathie contagieuse, de chaleur humaine et porteuse d’un message d’espoir encore plus indispensable en regard de l’actualité. C’est donc retracé minutieusement par petites touches pas à pas un parcours de vie exemplaire de vitalité que le sien, depuis son enfance au lendemain de la seconde guerre mondiale, son départ de Hongrie pour fuir la main mise soviétique sur son pays d’origine, son exil via l’Autriche jusqu’en Suisse, son travail dans une usine d’horlogerie pour gagner sa vie et en parallèle sa volonté inébranlable d’écrire… Journal intime, poèmes publiés dans des magazines de peu d’audience… jusqu’à capter l’attention de la radio télévision romande pour laquelle elle produira des textes pour diffusion radiophonique et enfin consécration suprême signer son premier contrat pour Le Seuil, l’un des trois grands du domaine de l’édition. Mais que ce fut difficile! Douleurs de l’exil forcé, déracinement, quand la culture d’origine s’efface insidieusement au profit de celle du pays d’accueil dont on ne maîtrise ni la langue, ni les usages, le sentiment d’être enfermée dans «un jardin zoologique»… déchirure intime et cicatrice indélébile… Pour relater cette odyssée existentielle, ni décor, ni accessoire, juste quelques valises suffisent, points de repères autant que balises, signaux de détresse autant que limites à toujours dépasser, symboles qui illustrent avec subtilité ce cheminement de vie exceptionnel. Une histoire pétrie de douce humanité, où la lucidité parfois amère se nourrit surtout de générosité et de bienveillance. À ne manquer sous aucun prétexte! Pour méditer encore et toujours sur les tourments de l’Histoire de notre temps!

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2 commentaires pour Écrivain sans frontières

  1. Groleau Catherine dit :

    Merci pour ce bel article écrit avec tant de sensibilité et de finesse. Catherine Groleau et toute l’équipe d’Agota.

  2. soberclem dit :

    Un spectacle qui a touché le coeur de tous les spectateurs et dont vous avez rendu avec justesse l’émotion qui s’est emparée de tous

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