Liban et arrière-ban

C’est une histoire autobiographique contée avec pudeur et nostalgie, celle d’une famille égyptienne, dont certaines racines sont aussi en Syrie, exilée au Liban depuis une dizaine d’années où ils y mènent une vie tranquille et paisible. Le père vaque en dilettante dans sa libraire Papyrus située à l’ouest de Beyrouth flattant allègrement les clientes auxquelles il fait de l’œil, la mère pas dupe est amoureuse de son meilleur ami gay et s’occupe de monter un spectacle d’avant-garde dans un cabaret, et leurs trois enfants qui sont fans de cinéma. Tous sont pétris de culture occidentale et se tiennent sagement éloignés du contexte politico-religieux qui bouillonne dans le pays entre les différentes communautés chrétienne, sunnite, chiite, druze, maronite etc … du genre explosif prêt à s’embraser au moindre incident. Tout débute en juin 1974 et, si la tension est déjà vive, rien ne laisse prévoir la guerre civile qui va brutalement éclater le 13 avril 1975 lorsqu’un car transportant des réfugiés palestiniens toujours de plus en plus nombreux dans le pays est attaqué par des miliciens phalangistes en représailles à un attentat… De ce jour ce cycle infernal dramatique devient la règle et cela va durer 15 ans: les atrocités se succédant de part et d’autres entre massacres comme dans les camps de Sabra et Chatila ou assassinats comme celui de Bachir Gemayel à peine élu président… « La guerre des autres » sous-titre Rumeurs sur Beyrouth est une BD de plus de 170 pages publiée à l’automne 2018 aux éditions La Boite à Bulles, laquelle suit ainsi au plus près comment cette famille va être impactée dans sa vie quotidienne jusqu’alors douce et paisible, autant que dans ses aspirations, ses rêves ou ses illusions. Bernard Boulad l’auteur, avec Paul Bona et Gaël Henry pour le découpage et les couleurs, met donc en scène sa vie et celle de ses proches… où comment du jour au lendemain, rien n’est plus comme avant… Amis ou relations dont on ignore les convictions profondes ou au contraire que l’on connaît et que l’on redoute… L’atmosphère de la ville de nonchalante, insouciante ou épicurienne s’assombrit chaque jour davantage… Il faut s’adapter, composer pour vivre ou survivre… Impossible d’échapper à son destin, à ce conflit qui malgré eux va les happer… Dessins a minima et sépia omniprésent permettent de se concentrer sur l’essentiel: l’histoire d’un pays d’adoption où l’on s’est construit, qui sombre dans l’horreur imprévisible et bouscule jusqu’à l’intime. Avec en annexe des photos de chacun des protagonistes et un résumé historique du Liban contemporain. Indispensable.

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