Ailleurs…

C’est une artiste aussi méconnue que torturée, indéfinissable, habitée, toujours dans l’entre-deux, diagnostiquée délirante, régulièrement internée en hôpital psychiatrique « icône du surréalisme restée dans l’ombre de l’histoire », quelqu’un dont il est difficile d’appréhender la trajectoire de vie… ce à quoi Céline Wagner s’essaie dans une bande dessinée « La trahison du réel, sous-titre Unica Zürn, portrait d’une schizophrène » parue l’année dernière dans la collection Hors champ aux éditions La Boite à Bulles. Toute l’histoire se concentre sur l’année 1957 alors que cette jeune femme âgée alors de 42 ans souffre de sa première crise de cette maladie qui la rongera et la détruira chaque jour davantage… pour se terminer tragiquement par son suicide 13 ans plus tard. Un album complexe tant il transpire à la fois du mal-être de l’héroïne principale que des difficultés de son entourage à la fois extrêmement prévenant avec elle mais totalement désemparé par une personnalité trop insaisissable… seulement par bribes ou par instants. Que ce soit son compagnon le plasticien allemand Hans Bellmer qu’elle appelle l’H.B.-Homme Blanc-, ou son ami écrivain et peintre, Henri Michaux H.M. baptisé le Grand Hypnotiseur, tous deux feront leur possible et bien plus encore pour l’aider dans son quotidien. De son travail si intimement lié à sa vie traversée de malheurs et de tragédies, il reste ses livres dont l’Homme Jasmin, ses dessins automatiques, ses eaux fortes et ses poèmes anagrammes. dont certains sont exposés au Musée d’art et d’histoire de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris où elle fit de nombreux séjours. Ce roman graphique très inhabituel questionne si l’on en croit la définition de son autrice « le rapport à la peinture dans le récit, l’immatérialité de l’expérience dans le vécu », c’est dire qu’il est à la fois plus qu’un hommage poignant au cœur de la folie et de la création, c’est un objet transitionnel toujours à mi-chemin pour essayer de cerner l’indicible entre imaginaire et réalité… Que l’on y trouve évoquées les figures d’Antonin Arnaud ou du Docteur Gaston Ferdière, lui qui soigna l’un et fut ami avec l’autre, ne doit rien au hasard! Ce livre ne laissera personne indifférent tant il s’aventure hors des sentiers battus… Riche autant que déroutant.

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