Sables émouvants

Le destin d’une aventurière incroyable, laquelle mourra prématurément à l’âge de 27 ans, victime d’une crue aussi improbable que soudaine dans un oasis du désert algérien le 21 octobre 1904, telle est la bande dessinée « Isabelle Eberhardt, la vagabonde des sables » signée Virginie Greiner pour le scénario, dessin d’Annabel et couleurs de Filippo Rizzu. Un livre publié chez Glénat dans la collection Explora, une série d’une dizaine d’ouvrages dont les héros sont tous d’incroyables personnages: grands voyageurs, explorateurs intrépides, et autres scientifiques passionnés, des hommes et femmes d’exception dont les découvertes ou théories ont révolutionné notre vision du monde. Parfait exemple avec cette jeune fille d’origine russe et élevée en Suisse, très tôt subjuguée par le monde arabe, grande érudite de l’islam, fascinée par le soufisme, la première européenne « khouan » (initiée) et polyglotte confirmée qui rédigera plus de 2000 feuillets en dix ans sur sa vie au plus près des populations du Maghreb dans laquelle elle s’immergea des années durant. Ces témoignages manuscrits recueillis par le général Lyautey « une des figures marquantes du panthéon colonial français » dont elle fit la connaissance en 1903, lesquels se lièrent d’amitié réciproque, -le militaire subjugué par celle dont il admirait autant le non-conformiste que la justesse d’analyse, et elle séduite par les méthodes beaucoup plus diplomates du gouverneur pour respecter l’équilibre entre occidentaux et populations indigènes quant à la gestion du pays-, « permettent aujourd’hui encore de mieux comprendre cette région du monde ». Cet album est beaucoup plus qu’une biographie richement illustrée, c’est d’abord le portrait tout en finesse d’une femme redécouverte dans les années 70 lors des mouvements féministes tant sa vie était aux antipodes de son époque. Une femme qui n’hésita pas se déguiser volontairement en homme pour s’affranchir de toute limite et « se fondre dans le peuple, là où est la vie » pour en décrire, étudier et surtout comprendre les mœurs. Une BD magnifique tant dans le fond que dans la forme et qui plus est accompagnée d’un dossier très documenté que l’on doit à Christian Clot de la Société des explorateurs français pour remettre en perspective cette grande dame au destin trop court mais aussi le contexte dans lequel elle vécut, sa famille et tous ceux qui ont contribué à donner un sens à sa vie.

 

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Un commentaire pour Sables émouvants

  1. Erard dit :

    Voilà une aventurière d’origine russe au patronyme proche de celui d’Amélia Earhart que j’ai bien envie de découvrir à présent (et par extension cette collection « Explora »).

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