Jeux de massacre

Un intérieur bourgeois très soigné agrémenté d’une reproduction d’un tableau de Georges  Braque pour la touche chic, petite table basse et bouquet de tulipes fraîches bien en évidence, c’est dans ce cocon douillet que se retrouvent deux couples bien sous tous rapports. La raison de cette réunion fortuite, le fait que leurs enfants se sont chamaillés dans un square avec bagarre à la clé, l’un frappant l’autre avec un bâton, la victime ayant deux dents cassées ou abîmées… De très convenue, mielleuse et obséquieuse à souhait, la rencontre entre ces deux couples va vite virer à l’orage et au règlement de comptes. D’un côté un grossiste en articles ménagers et sa femme écrivaine qui se pique de « citoyenneté planétaire », de l’autre un avocat sans scrupule qui fait dans le conseil aux firmes pharmaceutiques impliquées dans des scandales sanitaires et son épouse conseillère en gestion de patrimoine, aussi dégoulinants de certitudes et de mauvaise foi les uns que les autres pour situer cet univers dans lequel on ne partage qu’autosatisfaction et étroitesse d’esprit. Tout va aller crescendo… et de sarcasmes retenus en allusions déplacées, de commentaires tout de sous-entendus en insultes policées ou non, on suit le développement de cette intrigue vénéneuse… « Le dieu des carnages » est un texte de Yasmina Reza dont Roman Polanski fit une adaptation il y a une dizaine d’années avec Jodie Foster et Kate Winslet en têtes d’affiche, une atmosphère de huis clos qui se délite lentement jusqu’à exploser aux visages des différents protagonistes… Quand « agréable sérénité » et convivialité de façade laissent vite place aux langues de vipères, lesquelles se déchaînent sans limite, ce côté obscur de l’âme humaine où les pires ressentiments s’entremêlent. La Troupe de l’Oiseau Moqueur venue de Toulouse incarne avec nuances tous ces travers, les quatre comédiens très homogènes rivalisent de veulerie compassée et autres coups bas pour rendre palpable le climat irrespirable qui envahit progressivement le plateau. La mise en scène sobre de Christine Lowy souligne avec efficacité la cruauté latente de chaque instant. Excellente introduction pour la deuxième journée de TéâtraVallon 14ème édition.

Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s