Comment te dire adieu?

Les médecins ont diagnostiqué un cancer du poumon chez une vieille grand-mère chinoise à laquelle ils ne donnent plus que quelques mois à vivre. La terrible nouvelle bouleverse toute la famille, celle restée au pays bien sûr et tout particulièrement la plus jeune sœur très prévenante, mais aussi, et peut-être surtout, celle qui vit à l’étranger. En effet ses deux fils se sont exilés, chacun avec femmes et enfants, l’un à New-York l’autre au Japon. Tous choisissent alors de se rendre à son chevet mais préfèrent lui cacher la vérité afin de la préserver et prétextent qu’il s’agit de célébrer le mariage du petit-fils. La règle plus ou moins acceptée par tous doit être de privilégier cette future noce plutôt que d’envisager les funérailles de l’aïeule. Sauf que ni la perception de la mort, ni du deuil à apprivoiser ne résonne de la même manière, question de générations évidemment mais surtout d’éducation et de culture. Respect absolu des anciens en Asie ou complète soumission des femmes à leurs époux qui eux seuls prennent les décisions importantes sont en décalage avec la façon de penser et d’agir de la petite-fille élevée aux États-Unis, au mode de vie très occidental, aussi volontaire et déterminée que ses parents sont englués dans leurs vieux principes. Tout le film repose et joue de ces ambiguïtés, d’autant plus que la complicité est évidente entre la jeune au caractère bien trempé et sa mamie qui la chouchoute autant qu’elle l’admire pour cette indépendance qu’elle même n’a jamais connue. Préparatifs du mariage qui se doit d’être forcément fastueux, retrouvailles toutes de bienveillance des anciens, mais aussi une certaine jalousie envers ces compatriotes expatriés dont on moque la difficulté à s’exprimer ou à lire le chinois etc… sont autant de moments qui contrastent avec les douleurs tues parmi les siens. « L’adieu » de Lulu Wang inspiré de la propre vie de la réalisatrice, mêle avec bonheur moments de tendresse et d’intimité et interrogations légitimes et personnelles sur la fin de vie. Chacun y répond ou pas, selon sa sensibilité, son âge, la place dans la parentèle sans privilégier aucune alternative. Tous les acteurs  sont parfaits de justesse et de retenue avec mention spéciale aux deux principaux protagonistes ce qui donne à ce long métrage tant de douceur, de délicatesse et de pudeur. Un film délicieux à découvrir.

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