Famille, je vous aime

Une pièce entre tragédie de l’intime, pudeur des sentiments et relations intra-familiales bouleversées, voila comment on pourrait qualifier « Trois petites sœurs », un texte de Suzanne Lebeau, laquelle avait la veille participé à plusieurs échanges avec ses lecteurs à la médiathèque de notre ville. Cette création incarnée par la compagnie Le Carrousel venue du Québec, prend à bras le corps un sujet particulièrement douloureux : à savoir la mort d’une jeune enfant, deuxième d’une fratrie. Alice atteinte d’un cancer irréversible n’aura ainsi jamais ou plutôt que très rarement la possibilité d’aller à l’école avec sa sœur aînée alors qu’elle s’en réjouissait par avance depuis si longtemps. Cette nouvelle aussi soudaine qu’inattendue va percuter avec une violence insoupçonnée tant les parents que les enfants au point de chambouler du tout au tout les relations de chacun à l’intérieur du microcosme que celles avec le monde extérieur. Plus rien ne sera comme c’était préalablement à cette terrible nouvelle. « Il y aura un avant et un après », le temps se structure différemment, la place de chacun dans ce cercle réduit évolue, entre hauts et bas:« la maison était un bateau à la dérive », et jusqu’au vocabulaire avec ses tabous: des mots que l’on ne prononce pas ou que l’on occulte, « protocole au lieu de traitement »… « rémission et récidive »« tumeur ou biopsie »… Et si tous, plus ou moins, font face, aucun ne s’y habitue, il faut toujours savoir trouver les mots justes, les silences aussi…. C’est pour Alice, grâce ou autour d’elle, que gravitent toute la parentèle. Le père, la mère, la grande et la petite sœur sont ainsi volontairement nommés tout au long de la pièce pour bien souligner qui en est l’héroïne… bien malgré elle. Il faut collectivement se battre, affronter l’inéluctable et faire preuve de sérénité pour passer outre cette épreuve qui marque chacun des personnages et les contraint à se projeter dans le futur… Le cercle se réduit autant qu’il se recompose simultanément, les souvenirs des moments de joie vécus ensemble aident à avancer, et, in fine, la vie s’affirme encore plus forte! D’une thématique qui pourrait très vite vite se noyer dans le mélo, ou l’insignifiant, les cinq comédiens s’en emparent avec une telle force mais aussi une telle pudeur et la mise en scène de Gervais Gaudreault à la fois toute en vertiges et suspensions donnent à cette oeuvre remarquable d’intensité un souffle incroyable. Et la corde à sauter omniprésente pendant tout le spectacle devient ce fil rouge tissant entre eux espoir partagé et confiance mutuelle.      Magnifique!

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