Tout doit disparaître

Pour célébrer le nouvel an chinois le 25 janvier prochain qui ouvrira l’Année du Rat, la médiathèque de Rodez a programmé ce mois-ci deux films sur ce vaste pays. Le premier intitulé « Derniers jours à Shibati » qui date de 2017 était projeté hier comme d’habitude en fin d’après-midi dans la petite salle. Hendrick Dusollier auteur de ce moyen métrage a suivi sur plusieurs mois quelques habitants emblématiques de ce quartier historique de la ville tentaculaire de Chongqing, une cité de plus de 34 millions de personnes dans la province du Sichuan au centre du pays. Le contraste est frappant entre la partie moderne de la mégalopole hérissée de buildings plus hauts les uns que les autres, rebaptisée pompeusement la « Cité de la lumière de la Lune », et les habitations anciennes laissées à l’abandon, lesquelles s’apparentent davantage à des bidonvilles. « Par décision suprême du parti » tout le quartier de Shibati cerné de gratte-ciels doit être rasé, pression immobilière oblige, et ses occupants transférés ailleurs, pour beaucoup à l’insu de leur plein gré. Parmi la population qui vit là, le réalisateur a fait la connaissance et s’est pris de sympathie bienveillante envers un petit gamin de 7/8 ans et sa famille, un coiffeur vintage et une grand-mère âgée qui fait dans la récupération de tout et de rien pour essayer de survivre… Vieilles bicoques qui ont traversé des décennies et dédales de ruelles encombrées de détritus d’une part, de l’autre flambant neufs mais sans âme des immeubles tous identiques qui s’étendent jusqu’à la zone industrielle, desservis par un métro dernier cri… Petits boulots, débrouille et attachement aux traditions d’un côté, rationalité bien comprise et uniformisation de l’autre, le combat est inégal et l’issue ne laisse aucun doute… Si ce documentaire se révèle très attachant c’est parce qu’il donne la parole à ces exclus et ces laissés pour compte, bien loin de la vitrine officielle que ce pays veut donner au monde. Démolition forcée ou passe-droits en tous genres, place aux pelles mécaniques qui s’imposent jusqu’au plan final: un lent travelling aérien qui montre qu’il ne reste plus plus rien de ce lieu jadis si vivant… comme ce fut le cas pour les Jeux Olympiques d’été 2008 à Pékin, question de standing international.

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