Exposé

Un récit extraordinaire d’un exploit hors du commun… l’histoire d’un héros comme on n’en compte que très peu: Witold Pilecki, un officier de cavalerie membre de l’Armée secrète polonaise AK. Durant l’été 1940, il informe son état-major de sa volonté de se porter volontaire pour être emprisonné dans le camp de concentration d’Auschwitz pour y mettre en place une organisation clandestine susceptible de préparer l’insurrection des détenus avec l’aide de l’AK… Le 19 septembre 1940, il se mêle donc à une rafle conduite à Varsovie et sera aussitôt déporté par train pour un voyage éprouvant, sans eau ni vivres, pour arriver dans la nuit du 21 au 22 septembre au camp où il est immatriculé sous le faux nom de Tomasz Serafinski, matricule 4859 et porte le triangle rouge de prisonnier « politique ». Ce sera pour lui l’enfer au quotidien pendant 947 jours, temps qu’il emploiera méthodiquement à tisser patiemment un réseau de résistance intérieure, constituant des cellules de cinq personnes totalement indépendantes les unes des autres afin de limiter au maximum tous risques. C’est ainsi qu’il rédigera plusieurs rapports qu’il parviendra à transmettre à l’extérieur et jusqu’au gouvernement polonais en exil à Londres décrivant la situation dramatique vécue de l’intérieur, marquée par les privations de nourriture ou de soins, le travail forcé, les longues heures à rester debout dans le froid ou la neige autant que par les exactions des SS ou des Kapos aux ordres. Effrayant!!! Sa capacité à survivre le mettant chaque jour davantage en danger, il parviendra à s’évader avec deux compagnons Jan Redzej et Edward Cieiselski profitant de la nuit de Pâques du 26 au 27 avril 1942 alors que de nombreux gardes sont en congé… Après la guerre, il étoffera encore son rapport sur l’univers concentrationnaire puis rapidement entrera de nouveau en résistance face au nouvel ordre communiste qui s’installe… et pour lequel un tel récit est politiquement inacceptable ce qui lui vaudra d’être fusillé le 25 mai 1948 à Varsovie après une parodie de procès… Il faudra attendre 1990 et la fin de ce régime pour qu’il soit enfin réhabilité!!! Puis l’an 2000 pour que son témoignage historique soit enfin publié dans son pays d’origine avant d’être traduit en plusieurs langues… Gaëtan Nocq a réussi l’improbable: transcrire cette incroyable histoire en bande dessinée, soulignant chaque détail, chaque événement avec pudeur et distance. « Le rapport W, infiltré à Auschwitz » paru récemment aux éditions Daniel Maghen est un album magnifique de plus de 230 planches aux couleurs monochromes, bleu faussement serein, rouge tout de violence, brun ou gris cotonneux etc… que complètent des croquis réalisés sur place par l’auteur lors de ses voyages de repérage… avec en conclusion le travail très documenté de l’historienne Isabelle Davion.                                                                Un livre exceptionnel à lire de toute urgence qui rend hommage à un homme au courage sans limite, injustement méconnu.

Cet article, publié dans B.D., est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s