No pasaran

Un spectacle qui interroge chacun sur l’engagement ou l’indifférence, les choix que l’on assume fièrement ou que l’on dissimule au gré des circonstances, en un mot être responsable de ses actes… problématique complexe qui renvoie aux contradictions de la vie au jour le jour dont on s’accommode ou pas… « Ay Carmela » présenté hier à Decazeville à l’espace Yves Roques en partenariat avec Memoria Andando, un texte de José Sanchis Sinisterra et une mise en scène d’Olivier Jeannelle ne propose rien moins que d’essayer de répondre à cette problématique… Nous sommes à Belchite, lieu d’une des batailles les plus emblématiques de la Guerre d’Espagne, puisque village sur la ligne de front, plusieurs conquis et reconquis tant par les Républicains que par les phalangistes. C’est là que se retrouvent coincés deux artistes de variétés minables, réquisitionnés par les troupes franquistes et leurs alliés fascistes italiens, sommés de se produire devant un parterre d’officiers factieux « pour une soirée artistique, patriotique et divertissante ». Dans le fond de la salle doivent aussi assister à cette prestation, des membres des Brigades Internationales faits prisonniers lesquels doivent être fusillés le lendemain, humiliation supplémentaire! Si lui pourrait perdre sa dignité, elle Carmela au prénom prédestiné s’y refuse obstinément, transformant à l’envi chacun des numéros en coups de griffes contre la bienséance… jusqu’à apparaître seins nus seulement vêtue du drapeau républicain rouge, jaune et violet et chantant le fameux hymne de l’Ejercito de l’Ebro, ce qui lui vaut exécution immédiate… Construite sur une série de flash-back, la pièce se compose d’une succession de dialogues entre les deux comparses, en live en amont de la représentation ou mauvaise conscience revenue telle Eurydice du royaume des morts.Quelques malles éparses, un vieux phonographe, une tenture fatiguée derrière une estrade de fortune, voilà pour le décor sommaire… Les coulisses de l’univers du théâtre érigé en symboles où se croisent aspirations des uns, renoncements des autres, idéaux et barbarie, maelstrom du quotidien…d’où surgit l’héroïne mythique dans le droit fil d’Andromaque ou Louise Michel, Malala Yousafzai ou Rigoberta Menchu, toutes incarnant la résistance à l’oppression et la fidélité à des valeurs universelles d’humanité et de fraternité! Le vocabulaire censuré: « la guerre civile » devenant « croisade rédemptrice ou glorieux soulèvement national » témoigne de l’indicible et de l’irrespirable. La sémantique est un combat qu’Albert Camus résumait ainsi: « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ». Les acteurs de la Compagnie Le Bruit des Gens incarnent à merveille ces personnages pétris de douleurs et de passions. Magnifique!

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