Si loin… si proches

Deux relations amoureuses en apesanteur qui se répondent… deux époques historiques différentes… deux lieux géographiques très éloignés l’un de l’autre… deux couples a priori qui n’ont en rien en commun et cependant deux récits qui se font écho… Berlin de nos jours: c’est là que se rencontrent par hasard une réfugiée syrienne, en quête des précieux papiers qui lui octroieraient le statut de réfugiée et un jeune homme qui fait griller des saucisses lors d’une kermesse… Bâmiyân en Afghanistan en 1939: Anne-Marie Schwarzenbach,« aventurière intrépide et alpiniste hors pair », vient d’y arriver depuis sa Suisse natale après un long périple digne de la croisière jaune au volant d’une Ford, et rapidement elle va tomber amoureuse d’une archéologue en mission sur ce site majeur… où elles apprendront que la deuxième guerre mondiale vient d’éclater en Europe… Fiction contemporaine plausible en miroir d’un épisode véridique pour parler rapports humains nourris de tendresse mutuelle, de regards complices… ou la pudeur de sentiments réciproques affleure malgré ou à cause de ces deux contextes géopolitiques… « Prendre refuge » scénario de Mathias Énard, Prix Goncourt en 2015 pour « Boussoles », livre qui traite de la vision de l’Orient par l’Occident, et dessins de Zeina Abichared est une bande dessinée parue chez Casterman d’un noir intense et d’un trait très stylisé, avec de pleines pages de nuit profonde parsemée d’étoiles. Un détail pas anodin, puisque dans le premier récit, pour la jeune héroïne fraîchement débarquée en Allemagne, cela révèle son identité niée, -elle était docteure en astronomie dans son pays-, et dans le second, c’était synonyme des rendez-vous fugaces volés au temps pour deux amantes fragiles qui rêvent ensemble face aux fameux bouddhas monumentaux… ceux-là mêmes que dynamiteront les talibans en mars 2011! Où comment loin de chez soi, deux histoires d’amour se mêlent et se fondent pour proposer deux atmosphères baignées de spiritualité, aussi fiévreuses que pudiques, pour explorer une nouvelle carte du tendre qu’éclaireraient alternativement Orion et le Scorpion, deux constellations jamais visibles en même temps sur l’horizon… Minimaliste dans sa forme mais d’une extrême sensibilité pour évoquer « deux étrangers au bout du monde si différents, deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant » comme aurait pu chanter Renaud, ce volumineux roman graphique disponible à la médiathèque de Rodez permet de mieux percer toutes les facettes de l’être humain.

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