Planches de salut

Pour conclure un cycle de trois films consacrés à la République Démocratique Allemande à l’occasion du 30ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, hier en soirée était projeté dans la petite salle de la médiathèque de Rodez « Derrière le mur, la Californie » réalisé par Marten Persiel. Ce long métrage sorti en salles en 2015 mais jamais distribué ici, est à mi-chemin entre un documentaire échelonné depuis les années 70 jusqu’à l’automne 1989, et une autofiction à partir des souvenirs et images d’archives en super 8 rassemblées par Ronald Vietz, skateur de « L’État des ouvriers et des paysans »sic comme la propagande officielle se plaisait à présenter le pays. Dans cet univers de cités de béton triste, loin des défilés militaires et autres rassemblements de masse à la gloire des dictateurs en place, un groupe de jeunes avait l’habitude de se retrouver pour s’essayer au skateboard, discipline inconnue alors, au mieux regardée avec dédain car non pourvoyeuse des sacro-saintes médailles lors des grands événements sportifs, mais surtout de très mauvaise réputation car importée des USA, parangon du capitalisme honni. Conséquence immédiate évidemment rien de disponible nulle part en magasin dans le pays, d’où leurs premières planches bricolées maison dans un garage et aucune pièce de rechange au cas où… de bric et de broc certes mais efficaces et leurs démonstrations et autres figures acrobatiques séduisaient autant le public qu’elles suscitaient enquêtes et suspicions de la part de la Stasi! D’autant plus surveillés que certains de leurs amis de Berlin-Ouest les approvisionnaient en matériel d’occasion mais au look incroyable! Toute la bande se retrouve une dizaine d’années plus tard aux obsèques de leur chef charismatique, lequel engagé dans l’armée est mort en mission en Afghanistan… Moments d’intenses émotions autant pour évoquer leur jeunesse commune underground que bilan sans concession sur une période heureusement révolue… D’un noir et blanc presque glacé et irrémédiablement figé, ou en couleurs pour l’époque actuelle, prolongé de superbes séquences d’animation au besoin, ce film réussit au travers d’un sujet somme toute très anecdotique à traduire l’atmosphère hors du temps imposée à toute une population sous contrôle permanent. Des témoignages pudiques qui en disent long!      La projection de cet excellent film était suivie d’un débat animé notamment par une jeune volontaire allemande détachée dans un établissement scolaire de notre ville.

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