Les jours d’après

Bataclan, 13 novembre 2015. Un lieu et une date qui résonnent pour toujours dans la mémoire collective, souvenir d’une nuit d’horreur, où tout bascule et ne sera jamais plus comme avant. Les images qui s’entrechoquent, les yeux rivés sur l’écran de télévision, les chaînes d’info non stop de longues heures pour ne rien manquer… se réveiller enfin de ce cauchemar collectif et ne rien comprendre de cet événement inimaginable en temps de paix sur notre territoire… Et pour les survivants le début d’un long chemin semé d’obstacles de toutes sortes: médical, psychologique, juridique, matériel etc… etc … C’est tout cela que Catherine Bertrand évoque dans une bande dessinée parue aux éditions de La Martinière « Chronique d’une survivante », un livre format carnet de voyage pour retracer sa vie durant les deux années qui ont suivi, entre séance indispensable chez le psy, stupeur, incompréhension et/ou indulgence des collègues de travail face à son absentéisme, fossé qui se creuse avec l’entourage tant les problèmes du quotidien semblent vains face à ces moments qui la hantent encore. Syndrome du survivant, fatiguée ce soir là elle avait préféré le confort des sièges moelleux au balcon à la frénésie de la fosse devant l’orchestre, état de stress post traumatique, E.S.P.T. pour tous les professionnels de santé qu’elle rencontre régulièrement, irritabilité ou détachement total c’est selon… ce qu’elle désigne et illustre par un énorme boulet qui la gangrène, la ronge et l’empêche de (re)vivre pleinement. Humour très distancié, auto-dérision, humilité, sincérité et nécessité de toujours relativiser face à cette tragédie indélébile sont autant de qualités qui transcendent ce récit de la douleur intime en message universel pour reprendre confiance en soi, retrouver l’ appétit de vivre et mordre à pleines dents à nouveau dans l’existence. Les planches sont d’un noir profond, le découpage incisif, les typographies diverses et le graphisme très stylisé, tout est en parfaite adéquation avec le ressenti de chaque instant. « Je dédie ce carnet dessiné à toutes les victimes de terrorisme, décédées, blessées, traumatisées » est la dernière phrase de ce livre particulièrement poignant. On mesure tout le chemin parcouru par l’auteure toute de combativité et d’espoir avec un tel message.                                                                                 Un témoignage exceptionnel sublimé en courageuse leçon de vie!

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