Alter nego

Une fable à mi chemin entre désespoir et futur fantasmé version Big Brother, où un jeune homme reclus dans sa chambre, tel un ermite, ne se donne l’illusion de (sur)vivre que via une présence toujours renouvelée sur les réseaux sociaux et en particulier avec sa chaîne you tube qu’il alimente en permanence de vidéos sans intérêt! Telle est la genèse de « Soon » une pièce jouée en milieu scolaire cette semaine dans le cadre de Novado 6ème édition que l’on doit à la Compagnie régionale Le Club Dramatique. Son espace vital se résume à un écran, un ordinateur portable, une webcam, un micro et un smartphone dont il tapote les touches avec d’autant plus de frénésie que ses correspondants au mieux sont totalement indifférents à ce qu’il leur raconte, au pire n’ont qu’une envie: le rayer de leurs contacts. C’est dire l’angoisse qui le saisit lorsqu’il perd soudainement sa connexion internet, seul lien virtuel pour entrer en relation avec le monde extérieur. Déprimé, prostré, en colère, ce bug informatique,-tout ce qu’il y a de plus banal-, devient alors son obsession ultime! Il prend conscience, à son corps défendant, de la terrible vacuité de sa vie actuelle, de l’anonymat dans lequel il retombe jusqu’à se noyer… pour tout dire une solitude existentielle d’autant plus envahissante qu’il est sans travail. La réalité lui saute au visage. Comme un hamster prisonnier de sa roue, il tourne en rond entre les quatre murs d’une pièce minuscule… Réflexions sur ce monde numérique dont il est accro, de héros suivi par ses fans qui commentent en direct ses moindres faits et gestes, il se trouve victime de manipulation de la part de la hot line qui s’impose à lui y compris jusqu’à l’absurde et le harcèle… Irréaliste?!?! Pas vraiment si on sait qu’au Japon, pays où la technologie gagne chaque jour davantage, on compte de plus en plus d’hikikomoris, mot qui désigne des individus qui peuvent rester cloîtrés plusieurs mois voire davantage sans mettre le nez dehors… et sans aucun contact humain réel… syndrome d’une société en déséquilibre et/ou véritable suicide social… D’un monologue qui pourrait être insignifiant- et d’ailleurs le début patine sensiblement- le comédien en tire une plongée qui hésite entre dévastatrice et pathétique. Le public de jeunes étudiants semblait totalement en phase, pour preuve la discussion très animée qui a suivi la représentation de ce spectacle très insolite.

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