Border line

Une grande figure du théâtre classique confrontée à deux héroïnes contemporaines pour réfléchir sur la nécessité de l’engagement, la difficulté des choix à assumer, le besoin de reconnaissance, l’estime de soi et la fierté de se regarder dans la glace… « Antioche » titre de la pièce présentée hier soir à la M.J.C. de Rodez par le Théâtre Bluff venu du Québec tire son nom de celui d’une ville connue depuis l’Antiquité et toujours pomme de discorde à l’époque moderne entre la Turquie et la Syrie car située juste sur la frontière entre « l’Orient qui brûle et l’Occident qui pourrit » pour citer une réplique du texte. Cette cité symbolique jadis l’une des étapes de la Route de la Soie est aussi devenue au fil du temps point de passage obligé pour de nombreux djihadistes venus d’Europe en partance pour le combat ou, a contrario, dernier espoir pour les familles de les dissuader de commettre l’irréparable. Ce n’est donc pas par hasard que ce sera là où se croiseront, se perdront ou se retrouveront ces trois femmes, toutes au carrefour de leurs cheminements personnels, à devoir prendre ces décisions qui donneront « un sens à leurs vies ». Si pour Antigone il n’y a ni doute ni ambiguïté possibles quant à sa destinée que l’on sait tragique, pour les deux autres, mère et fille, rien n’est figé et leur rencontre intemporelle est susceptible de tout bouleverser, y compris quant à une éventuelle descendance… Quête de l’identité, odyssée de l’intime et soif d’éternité se font écho en réponse au questionnement individuel existentiel. Thème universel auquel se confrontent les différents protagonistes, se remettant tout à tour en question, en miroir voire en opposition. Révolte générationnelle ou compréhension bienveillante, angoisse quant à l’avenir ou destinée revendiquée, c’est de cette recherche insatisfaisante dont nous sommes pris à témoin. Ironique ou désabusée, « lionne ou proie », capable de s’enthousiasmer ou pétrie de remords, chacune fait sa propre introspection jusqu’ à la catharsis expiatoire, entre rage et impuissance. C’est dire si ce sujet est ambitieux. La mise en scène inventive et l’extrême conviction des trois jeunes interprètes donnent à cette parabole sociopolitique un surcroît d’authenticité. Si la délégation des jeunes québécois présents pour Novado 6ème édition semblait en totale apesanteur, certains spectateurs lambda ont pu être un peu surpris par la langue pur sirop d’érable ou les références de l’auteure canadienne Sarah Berthiaume pour cet hymne à la jeunesse empreint de lyrisme.

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