Cartes-mémoire

Un de nos meilleurs scénaristes de bandes dessinées, Pierre Christin, a fini par se laisser convaincre l’année dernière, alors qu’il fêtait ses 80 ans, de se raconter ou plutôt de revenir sur quelques-uns des moments forts de sa vie, lesquels éclairent d’évidence sa personnalité. Il évoque ainsi autant son admiration pour les États-Unis que de sa curiosité pour les pays de l’Est, comme on nommait à l’époque de la guerre froide, tous les satellites de feu l’Union Soviétique, ces pays que peu de touristes visitaient en ce temps-là. « Est-Ouest » paru chez Aire libre est un volume en plusieurs parties distinctes, lesquelles se font écho, composées autour de souvenirs d’autant plus touchants et émouvants qu’ils sont magnifiquement illustrés par les dessins de Philippe Aymond, traits précis, large palette de couleurs pour dépeindre les décors évoqués mais aussi au besoin utilisation du sépia ou du noir et blanc pour des vignettes qui évoquent le contexte géopolitique de la période… Tout commence en 1965, avec sa découverte en bus, puis ensuite au volant de bagnoles plus fatiguées les unes que les autres, de l’Ouest américain le plus mythique, en particulier les grands parcs ou furent tournés tant de westerns triomphants made in Hollywood, de son expérience de prof dans une université de Salt Lake City, à l’atmosphère si spécifique- Mormons oblige, et ses surprises devant ce mode de vie si différent, ségrégation des noirs, jazz triomphant, cartes de crédit et consommation… et sa rencontre fortuite avec Jean-Claude Mézières avec qui il publiera plus tard  nombre d’albums, lequel travaille alors dans un ranch… autant de rencontres qui expliquent son parcours. Ensuite il se remémore avec tendresse et un brin de nostalgie de Pilote et René Goscinny, lequel publiera ses premières histoires, tout cela en France dans le contexte de l’effervescence politique de Mai 68. Enfin, ce sera le récit de ses longues virées au-delà du « rideau de fer », ces pays qui « l’attiraient autant qu’ils l’attristaient » tant les clivages idéologiques étaient très marqués dans ces années-là. Le voyage s’achève à Tchernobyl, ville ravagée par la catastrophe nucléaire que l’on connaît mais où l’on trouve toujours des habitations malgré la radioactivité dévastatrice qui continue ses dégâts…                                                                                                                              Une histoire subjective de la seconde moitié du XXème siècle « entre le flamboyant californien et le grisâtre mittel Europa », en parallèle d’un voyage des plus intimes auquel  nous sommes conviés, voilà comment on pourrait résumer ce livre. Une réussite absolue.

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