Ni pute ni soumise

Nous sommes à Alger dans les années 90 et la pression des islamistes se fait de plus en plus terrible jour après jour y compris dans la cité U, décor principal de ce premier film de Mounia Meddour largement inspiré de sa propre histoire. Dans ce lieu au début plutôt protégé de la violence extérieure se retrouve une joyeuse bande de copines qui ne veulent pas s’en laisser compter, et revendiquent haut et fort leurs libertés de pensées, le droit de s’habiller comme elles veulent, in fine de vivre pleinement leurs jeunesses y compris en faisant le mur la nuit pour trainer dans les boites de nuit à la mode. Elles refusent autant le voile que l’ordre patriarcal plus ou moins implicite dans lequel la société dominante voudrait les enfermer. Ces « Papicha », les jolies filles ou les minettes en parler local, titre éponyme de ce long métrage sont une synthèse subtile de féminité douce et de plénitude sensuelle, d’intelligence collective et de beauté solaire… en un mot elles concentrent tout ce qu’haïssent les intégristes et les fanatiques qui cherchent à imposer leur nouvel ordre religieux et moral. L’héroïne principale styliste en devenir, révoltée devant la tension qui s’installe, les assassinats ciblés de proches ou de journalistes et autres intimidations envers des profs qui enseignent en français, propose à ses camarades d’organiser un défilé de mode au sein même de l’université, sa manière à elle d’entrer en résistance en taillant ses modèles complètement revisités tout en drapés, en légèreté et en élégance dans des étoffes traditionnelles… aux antipodes des hidjabs dont certains veulent à tout prix affubler toutes les femmes et qui ne manquent pas de provoquer leurs colères…. Tout le film pourrait se résumer ainsi: rebondir de malice et d’énergie pour mieux se moquer des obsessions castratrices des uns ou de la folie meurtrière des autres. Rivaliser d’ inventivité pour dénoncer l’absurde… où le visage maquillé juste comme nécessaire, la démarche toute de souplesse ou les fous rires partagés entre elles sont autant de revanches sur l’atmosphère étouffante qui plane… C’est dire si ce film courageux et lucide à voir absolument en version sous-titrée mérite le public le plus large possible.                                                                                                                                    Encore à l’affiche toute la semaine prochaine au cinéma à Rodez, il ne faut le manquer sous aucun prétexte.

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