Je me souviens

C’est un témoignage à la première personne, vers la fin de sa vie, d’une rescapée de Ravensbrück recueilli par un lointain cousin, lequel ne l’a jamais oublié et toujours gardé dans un coin de sa mémoire, avec la certitude qu’un jour il le ferait connaître, pour prolonger la mission à laquelle tous ceux qui sont revenus miraculeusement de ces camps de la mort se consacrent année après année: témoigner encore et toujours de l’horreur pour en épargner les générations futures. « Chroniques de FRANCINE R. résistante et déportée » est une bande dessinée parue chez Glénat qui ne peut laisser personne indifférent tant elle relate avec minutie, jour après jour, l’indicible fait de tortures abjectes, d’humiliations gratuites et autres négations systématiques de toute Humanité. Arrêtée en avril 1944 avec sa soeur pour la participation à la Résistance de leur frère, toutes deux connaîtront d’abord les prisons françaises, puis un long voyage en train dans des wagons à bestiaux vers la déportation. Très vite elles seront séparées, l’une envoyée dans un camp de travail dans le nord de l’Allemagne, tandis qu’elle-même était affectée dans une usine d’armement Hermann Göring. Conditions de détention particulièrement abominables: ni hygiène ni nourriture suffisante, coups et vexations des kapos, sélection pour les chambres à gaz… des images qui ne la quitteront jamais… De ces moments douloureux racontés avec pudeur avec ses mots à elle, simples mais si touchants, l’auteur Boris Golzio a su en saisir toute la force et la ferveur pour en faire un récit linéaire transcendé par ses dessins volontairement sans sophistication. Noir, blanc et gris délavé sont les couleurs de la détresse ressentie à chaque instant, avec juste ici ou là quelques touches de couleurs comme ces triangles cousus sur les uniformes rayées distribués à chaque nouvelle arrivante désignant sa catégorie: rouge pour les prisonniers politiques comme elle, mais aussi les tziganes, les homosexuelles, les apatrides etc… Elle survivra plus d’un an à ce régime de terreur  avant d’être libérée -elle pesait alors 33 kilos-,par la Croix Rouge de Suède, pays où elle séjournera un peu plus de deux mois avant de retrouver les siens dans son petit village de Pouilly-sous-Charlieu proche de Roanne. ). Une histoire bouleversante régulièrement mise en perspective avec un gros travail de recherches historiques ou l’on croise des icônes au courage et à l’engagement remarquables telles Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz ou Marie-Claude Vaillant-Couturier. Disponible à la médiathèque de Rodez, ce livre se termine sur l’enterrement de l’héroïne le 25 mars 2003 avec ces mots: « D’elle il me reste sa voix, son humilité, sa simplicité. Et la conviction qu’il ne faut jamais baisser les bras ».                          À lire absolument.

Publicités
Cet article, publié dans B.D., est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s