En trompe l’œil

Au XVIII ème siècle, une riche famille engage une jeune femme peintre pour faire le portrait de la petite dernière, laquelle vient tout juste de quitter le couvent où elle était recluse, de dénoncer ses vœux et qu’on est sur le point de marier. Ce château dans un lieu retiré en bord de falaises dominant la mer sera le huis clos du dernier film en date de Céline Sciamma « Portrait de la jeune fille en feu » vu hier en avant-première dans le cadre du Festival d’Espalion. Quatre personnages: la mère, genre pincée et stricte, sa fille toute de fraîcheur solaire et de langueur mélancolique, leur servante dévouée et la jeune artiste très enthousiaste débarquant avec ses toiles et ses pinceaux… Voilà planté le décor quasi unique de ce long métrage en costumes d’époque, bruissant de crinolines et autres drapés sophistiqués… Tout se déroulerait au mieux si le modèle ne se refusait à poser, car submergée de doutes quant à ces épousailles prévues sans son consentement, qu’il va donc falloir l’amadouer et la peindre à son insu, en se faisant passer pour sa dame de compagnie… À peine la châtelaine a-t-elle quitté les lieux pour quelques jours, que les rapports entre les trois jeunes femmes restées seules vont changer du tout au tout: moins de hiérarchie sociale, solidarité féminine à l’oeuvre pour soutenir la soubrette en détresse et surtout séduction, complicité, et attirance réciproque entre la modèle et son peintre… Un film aussi sensuel que contemplatif, dont chaque plan et chaque séquence se succèdent comme on feuilletterait le catalogue d’une exposition. Adèle Haenel et Noémie Merlant dans les deux rôles principaux rivalisent de sourires en coin, de regards langoureux et de démarches lascives pour rythmer, ce que l’on devine très vite, être une relation saphique impossible et sans issue… Dans ce film qui prend son temps, un peu trop même, bercé par une musique en parfaite harmonie avec l’atmosphère, tout concourt pour interroger notre ressenti vis-à-vis des images, et donc, in fine, la nature même du cinéma, ce qu’illustre à merveille la citation bien connue de Jean Cocteau: « Le cinéma c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière ».

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