En diagonale

Il part de sa région d’élection et traverse la France jusqu’à la Méditerranée à bord de son véhicule personnel qu’il vient tout juste de faire réviser au garage et s’arrête au hasard des ronds-points à la rencontre de ceux qui les occupent. François Ruffin, actuel député de la Somme, fondateur et rédacteur en chef de la revue Fakir a coréalisé ce documentaire « J’veux du soleil ! » avec son ami Gilles Perret, sur les gilets jaunes mobilisés au bord des routes en cette fin d’année 2018. En contrepoint, des images des manifestations et des affrontements avec les forces de l’ordre, les discours des politiques actuels ou des extraits des journaux télévisés qui peinent à décortiquer l’essence de ce mouvement social inédit tant dans le fond que dans la forme. On retrouve le même esprit que dans son film précédent, une succession de témoignages recueillis avec empathie pour donner la parole à ceux que l’on n’entend jamais. Défilent ainsi devant la caméra plusieurs personnes cabossées par l’existence, d’origines et de trajectoires très diverses, mais qui toutes ont en commun d’essayer de vivre dignement malgré des conditions de vie plus que difficiles. Chômeur, précaire, laissé pour compte, exclu, accidenté de la vie… tous soulignent combien ce combat est important pour eux, comment il a boosté leur image de soi, créé ou renforcé des liens de solidarité avec d’autres tout aussi voire davantage dans le besoin qu’eux-mêmes, une sorte d’internationale des miséreux, les damnés de la terre de l’époque moderne. Un film qui permet d’entendre des vérités douloureuses, des confidences trop longtemps ignorées… et qui bouscule le discours consensuel ambiant et largement déconnecté, entre la France d’en haut rebaptisée les « premiers de cordée » et ceux qui, au bas de l’ échelle sociale, luttent pour survivre… Une vision généreuse et profondément sincère sans aucun doute, poignante autant que désespérée, où la bienveillance et l’humour distancié permettent d’atteindre l’intime, ce qui en fait sa force mais aussi ses limites… Partial et partisan sans aucun doute, non exhaustif, incomplet et subjectif bien sûr, privilégiant l’humain et le concret du quotidien à l’idéologie, ce long métrage militant dont les droits sont reversés au Secours Populaire, monté en un temps record et sorti en salles dès le printemps s’affiche résolument comme un manifeste percutant autant que joyeux.                                                  Projeté hier en milieu d’après-midi devant un public largement acquis, ce road-movie s’achève sur la chanson éponyme du groupe « Au P’tit bonheur » toujours aussi émouvante. Un des temps forts de la 5ème Fête de l’Humanité version locale.

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