Chasse au trésor

De toutes les œuvres de Molière, « L’Avare » est sûrement une de ses comédies les plus connues tant on n’a pu y échapper pendant sa scolarité ou vu, un jour ou l’autre, une des multiples adaptions au fil du temps, que ce soit au théâtre, au cinéma ou à la télévision… C’est donc un pari audacieux que la nouvelle version proposée cette année par le groupe adulte de la M.J.C. d’Onet et jouée hier soir dans la petite salle de la Criée. Par souci de permettre à chacun de participer, on retrouve ainsi ce qui est devenu un gimmick chez Olivier Royer le metteur en scène, démultiplier à l’envie certains rôles. Ici c’est Harpagon,  figure emblématique s’il en est, autour de qui tous s’agitent, qui se retrouve incarné façon puzzle éclaté par six comédiens différents, une variation à la fois riche quand elle permet de rendre avec encore plus de force toutes les nuances du personnage, et s’offrir ainsi toute la gamme des possibles de la franche antipathie à la caricature boursouflée… mais avec des limites lorsque pointe un manque d’homogénéité… La gestuelle de certains, les mimiques explosives ou les yeux qui roulent en tous sens d’autres dessinent une mosaïque d’un homme en perdition tant son obsession maladive pour l’argent le coupe inexorablement des siens. Comme d’habitude le caractère le plus subtil, celui qui mêle sens de l’à propos et de la répartie, ouverture d’esprit et intelligence des cœurs est le valet face auquel la vanité, la mesquinerie et pour tout dire la tyrannie domestique et le mépris des puissants ne peuvent que s’effondrer. C’est toujours avec beaucoup de plaisir que l’on retrouve les répliques cultes mais aussi ce vocabulaire fleuri (faquin, pendard, et autres ladre ou fesse-mathieu…) qui donnent à ce texte archiconnu une double identité, historique autant qu’actuelle, tous les ingrédients d’une recette brillamment mitonnée. La nostalgie douce amère se teinte d’une vision toujours aussi lucide sur les rapports entre les êtres dont les hasards amoureux servent de repères fragiles. Farce pétillante autant que désespérée, ce texte glaçant d’hypocrisie qui rebondit sans cesse n’a pas pris une ride. Il est porté énergiquement par la troupe, que l’on pourra revoir pour une toute dernière représentation samedi prochain à 21 heures à la salle de sport de Moyrazès.

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