Tirer l’échelle

Deux familles que tout oppose: si l’une survit de petits boulots autant que de combines en tous genres et s’entasse dans un entresol miteux avec pour seule ouverture sur la rue une minuscule fenêtre, l’autre vit dans l’opulence, dans une magnifique demeure signée d’un architecte de renom avec force employés de maison toujours disponibles. Par le plus grand des hasards, l’improbable se produit qui verra ces deux entités a priori totalement imperméables se rencontrer, se côtoyer, puis in fine travailler les uns aux services des autres… jusqu’à un épilogue explosif qui renvoie chacun vers sa classe sociale. Nous sommes en Corée du Sud, un pays que le réalisateur Bong Joon-Ho dépeint comme fracturé par un apartheid identitaire bien marqué. Face à un prolétariat qui essaie de survivre tant bien que mal se pavane dans le faste une haute bourgeoisie qui vit littéralement dans un autre monde… La roublardise des dominés se nourrissant de la naïveté des dominants se métamorphose insidieusement en un face à face vénéneux voué à l’échec, dont on pressent autant les limites que l’inévitable issue. « Parasite » est un film particulièrement ambivalent qui décrit une société hyper modernisée et toujours sous la menace du voisin du Nord, où l’on refoule hors la vue tous ceux qui vivent en marge, où les humiliations trop longtemps tues remontent inexorablement en surface… Ce film réellement inclassable car aussi bien politique que thriller intense, farce sinistre que comédie macabre, allégorie corrosive fortement teintée de symbolisme qui lorgne coté psy que tragédie humaine, a su séduire le jury du dernier Festival de Cannes qui lui a attribué la Palme d’or, à l’unanimité qui plus est. Un long métrage d’un peu plus de deux heures ambitieux et crépusculaire qui témoigne de la vitalité du cinéma asiatique et détonne autant qu’il peut séduire, d’une construction aussi rigoureuse qu’implacable qui fonctionne tel un engrenage machiavélique. La demeure de maître qui concentre l’essentiel de l’action se révèle un dédale truffé de pièges dont aucun protagoniste ne sort indemne, une sorte de cellule cinq étoiles qui inexorablement dévore tous ses occupants et ne laisse jamais le spectateur indifférent. Où les valeurs tant des nantis que des laissés pour compte s’estompent progressivement jusqu’à devenir de plus en plus floues…                                                                                                                                     Ne pas oublier la Fête du Cinéma étalée sur quatre jours, de dimanche à mercredi prochains, avec toutes les séances à 4 euros.

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