Travail de Romain

« Il ne faut pas se mentir, dix ans en prison même du bon coté des barreaux, ça ne laisse pas indemne » est une citation de Romain Dutter extraite de l’épilogue de son roman graphique « Symphonie carcérale » sous-titre « Petites et grande histoires des concerts en prison », paru aux éditions Steinkis il y a quelques mois. Un remarquable témoignage de la part d’un professionnel, Coordinateur culturel au sein du Centre Pénitentiaire de Fresnes,-c’est l’intitulé de sa fonction-, en charge de l’animation de toutes les activités de ce domaine, dans l’un des plus vieux établissements pénitentiaires de notre pays, toujours en service, et sûrement aussi l’un des plus connus. Des dimensions gigantesques, une grande maison d’arrêt pour hommes divisée en trois blocs, une petite annexe pour femmes, un hôpital pénitentiaire intégré unique en France et même des logements pour le personnel sur un vaste espace de plusieurs hectares, soit plus de 1000 cellules surpeuplées pour 3000 prisonniers et environ un millier de fonctionnaires qui y travaillent… C’est donc à la découverte de cet univers très particulier que nous invite l’auteur mais aussi et surtout à partager ses souvenirs, les bons comme les mauvais. Plaisir d’insuffler à ce monde clos des touches d’espoir, d’air frais et d’ouverture tant à ceux qui sont enfermés qu’à ceux qui les encadrent, mais aussi galères du quotidien pour convaincre la hiérarchie et doutes quant au système, lequel se montre par trop frileux quant aux moyens engagés pour favoriser la réinsertion future. À ce sujet, à la toute fin du livre, une planche dresse un comparatif entre la situation en France et en Suède sur les programmes offerts aux détenus pendant leur période d’incarcération… sans appel… Cette bande dessinée revient aussi sur l’évolution des mentalités quant à l’importance d’introduire les pratiques artistiques et les concerts en particulier dans ces lieux si spécifiques, avec à la clé des instantanés sur le ressenti tant de la part des détenus que des musiciens invités. De réflexions déconcertantes de sincérité ou de l’émotion à fleur de peau pour les uns, via une certaine méfiance, réticence ou suspicion pour d’autres, la palette est large, et les portraits contrastés. Les dessins de Bouqé plutôt dépouillés ne donnent que plus de relief à ce récit à la première personne qui bruisse d’authenticité, d’autant plus lorsqu’il évoque aussi en parallèle son expérience préalable dans une autre prison au Honduras auprès de membres du gang de la Mara Salvatrucha. De la performance historique de Johnny Cash à Folsom U.S.A. en 1968 jusqu’aux concerts organisés aujourd’hui, c’est donc aussi à toute une galerie très éclectique de musiciens, tous sensibilisés et investis pour cette cause que l’on a droit. Nostalgie, revival et volonté d’y croire…                                                                                                                                            Un livre exceptionnel qu’illustre à merveille sur la page de garde cette phrase d’Issac Newton: « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ».

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Un commentaire pour Travail de Romain

  1. Lyna ENSUQUE dit :

    Donne envie de le lire!..Merci

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