Le monde de Ui-Ui

C’est un rendu de projet qui ne manque pas d’audace que celui que l’atelier théâtre adulte animé par Corinne Andrieu proposait hier en soirée à la M.J.C. de Rodez, rien moins qu’une version de « La résistible ascension d’Arturo Ui », tout sauf de la facilité tant cette pièce de Bertold Brecht en collaboration avec Margarete Steffin bruisse de perspectives tragiques: historique évidemment mais aussi éminemment politique, le genre de sujet pas vraiment dans l’air du temps, à l’ère du consensus à tout prix fut-il aussi terne que mou… Parabole transparente sur la prise du pouvoir par Hitler dans le pays d’origine des deux auteurs, l’intrique est transposée à Chicago au temps de la pègre et du règne d’Al Capone, lequel ne faisait pas lui non plus dans la dentelle pour imposer son pouvoir absolu. Un décor volontairement a minima: simples caisse en bois multifonctionnelles et énormes fauteuils en plastique parfait de mauvais goût selon les scènes, pour des personnages aux costumes en parfaite adéquation: tout de noir vêtus au début, puis version kitsch flashy, et, in fine, blanc plus inquiétant que virginal pour le dénouement… Magnifique idée de mise en abîme que de diffuser en arrière-plan entre les scènes, des panneaux sur un écran façon film muet à l’ancienne des textes clairs et précis pour systématiquement resituer le contexte géopolitique de l’époque. Situation économique catastrophique, krach financier, racket, escroquerie, extorsion et détournement de fonds, chantage et protection de gangs mafieux en échange, ou a contrario liquidation immédiate et sanglante de tous ceux qui refusent ces magouilles et autres coups tordus… l’atmosphère vire ainsi très vite de glauque en étouffante, comme une souricière implacable dont nul ne sort indemne… Jusqu’à l’apocalypse…où la démocratie n’est plus et où le fascisme le plus brutal tisse irrésistiblement sa toile… On en a froid dans le dos, tant le cynisme des uns en écho à la violence gratuite des autres explosent au visage des spectateurs…Si la troupe manque d’évidence d’homogénéité, ou que certains moments sont moins aboutis, voix mal posées, bafouillages, hésitations… il n’en demeure pas moins que les comédiens qui ont travaillé en un laps de temps très réduit défendent avec conviction leurs personnages pour un résultat vraiment encourageant. Le final débridé où l’on évoque l’actualité bien sombre de nos jours entre dictateurs notoires tels Poutine, régression sociétale comme sur le droit à l’avortement aux États Unis, répression policière dans les manifestations ou tentatives d’intimidation contre des journalistes en France… se révèle un feu d’artifice éblouissant pour dénoncer encore et encore « le ventre fécond d’où a surgi la bête immonde ».                                                              Ni hier, ni aujourd’hUI, ni jamais!

 

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