Fleurs fanées

Une bande dessinée toute de nostalgie et de pudeur pour parler d’un sujet grave et poignant, rien moins que l’exil et le désespoir de voir son pays d’origine sombrer chaque jour un peu plus dans le chaos, une autobiographie passionnante signée Brigitte Findakly pour le scénario et les couleurs toutes en nuances, illustrée par des dessins volontairement stylisés que l’on doit à Lewis Trondheim son mari, lequel dirige aussi la maison d’éditions l’Association qui publie l’ouvrage. « Coquelicots d’Irak  » est une chronique intelligemment distanciée sur un pays qu’elle ne reconnaît plus. Née en 1959 à Mossoul d’un père irakien chrétien orthodoxe et d’une mère française catholique, ce qui lui vaudra d’être doublement baptisée dans les deux religions, l’auteur  y a vécu jusqu’en 1973, date à laquelle toute la famille a fui l’Irak alors en pleine déliquescence pour venir se réfugier à Paris. Une B.D où tout est toujours mis en perspective, l’insouciance de la jeunesse face à un régime qui devient tous les jours de plus en plus paranoïaque, où la censure va jusqu’à découper dans les magazines reçus de France les photos de chanteurs juifs comme Enrico Macias par exemple, sur ordre des autorités, lesquelles se refusent à reconnaître l’existence d’Israël seulement désigné comme « la Terre occupée »… Entre petites anecdotes cocasses et souvenirs fulgurants, on se retrouve plongé dans le quotidien de citoyens d’un pays qui part à vau l’eau, entre coups d’états qui se succèdent, et son corollaire répression politique ciblée, où chacun espionne son entourage, vu au travers des yeux et la vie d’une jeune fille d’âge scolaire qui pressent très tôt au travers de son environnement combien la rupture s’installe et s’approfondit entre les différentes communautés ou les classes sociales. Un récit qui éclaire d’un regard neuf l’histoire de l’Irak de ces dernières décennies, où le drame côtoie le banal, où certains épisodes heureux sont bien vite submergés par la tragédie… Les planches s’articulent entre elles sans souci de chronologie, une façon subtile de donner davantage d’écho à sa trajectoire personnelle et de donner à son témoignage très circonstancié des perspectives de géopolitique contemporaine sur une région instable. Régulièrement s’intercalent des pages entières avec photos noir et blanc d’époque de sa famille et de ses proches pour souligner à bon escient la douleur intrinsèque d’une expatriation forcée.                                  Un roman graphique en résonance avec l’actualité à lire absolument.

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