Au bout du conte

Qui ne connait « Pinocchio »? ou tout au moins l’adaptation toute de miel et de bons sentiments popularisée par Walt Disney, lequel décida en effet de gommer toutes les aspérités du personnage, en particulier son versant odieux, préférant donner à la marionnette un côté malicieux, innocent et policé pour la rendre plus acceptable aux yeux du grand public. Son film, un chef d’oeuvre, sorti en 1940 considéré comme un des meilleurs qu’il ait réalisé, connut un immense succès populaire, mais paradoxalement cela occulta grandement le texte original que l’on doit à l’italien Carlo Collodi… un personnage assez ambigu et surprenant si l’on se souvient qu’outre son travail de fonctionnaire affecté à la censure-sic-, il se révéla surtout comme écrivain et critique dramatique! La Compagnie Création Éphémère venue du sud du département proposait hier soir à La Baleine la version de Joël Pommerat dans une  mise en scène de Kevin Perez. Aucun décor, les acteurs tous vêtus de noir de pieds en cap, hormis la bonne fée drapée dans sa large capeline écarlate, pour incarner outre le pantin, le vieux Gepetto bien sûr, mais aussi les brigands qui abusent de sa naïveté pour le dépouiller, le vieil instituteur et les camarades de classe etc… En introduction, une conteuse, livre ouvert, pour affirmer haut et fort dans un conte qui fait la part belle à l’imposture et au mensonge que: « rien n’est plus important que la vérité », afin de bien souligner les enjeux qui sous-tendent la philosophie de ce récit… et quelques tirades tout à fait dans l’air du temps: manifeste d’écologie politique que n’aurait pas manqué de reprendre la jeune Greta Thunberg en ce nouveau jour de mobilisation pour la planète, voire même une réflexion sur la nécessité du travail ou pas… Sauf que tout fonctionne sur une succession de séquences très rapides, entrecoupées de noirs systématiques, un procédé très cinématographique, lequel s’avère ici plutôt contre productif, tant il casse le rythme de l’intrigue. C’est dommage, car cette absence de fluidité dans les transitions rend moins perceptible cette déclinaison originale, laquelle offre un éclairage différent sur cette histoire légendaire. L’implication et l’enthousiasme des comédiens n’en sont que plus méritoires. Ce deuxième spectacle de cette édition du Festival de théâtre amateur d’Onet jouée en milieu d’après-midi, un jour de semaine, n’a pas fait le plein…                                    L’occasion pour la très grande majorité des spectateurs d’un âge certain de se nourrir de nostalgie… d’autant plus qu’il y eut aussi en préambule une parodie en alexandrins toute de fantaisie  sur un air d’opérette surannée à souhait.

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