Cellule familiale

Pour débuter sa nouvelle édition en date, le Festival de Théâtre Amateur d’Onet ouvrait sa deuxième décennie avec le texte exigeant d’un auteur contemporain, Éric Westphal, « Toi et les nuages » par la Compagnie Illusoire Jardin venue de l’Hérault. Une intrigue -dans tous les sens du terme- aussi déroutante que douloureuse- sur les rapports tout d’ambiguïté qu’entretiennent deux sœurs pratiquement coupées du monde extérieur, quasi recluses et vivant en autarcie relationnelle… Aucun décor, si ce n’est une balancelle, fauteuil bulle suspendu qui emprisonne et retient, y compris contre son gré, quiconque s’y réfugie ou s’y love en position fœtale le plus souvent… Une atmosphère résolument hors de l’espace et du temps, que renforcent encore les costumes passe-muraille de tous les personnages puisqu’ apparaissent aussi dans ce huis clos monacal, qui vire très vite malsain et mortifère, un zoologiste rescapé des camps, à jamais transfiguré par son destin, et un représentant de commerce en brosses -sic!- plutôt caricatural, hésitant entre baratineur de foire et dragueur en goguette… Lentement, par petites touches imperceptibles, la tension monte, et tout partira à vau l’eau, jusqu’au dénouement que l’on perçoit comme inévitablement dramatique. Cette pièce montée pour la première fois il y a presque 50 ans propose un diptyque tout en abîme: « la limite entre la folie des gens raisonnables et la sagesse des gens fous » au travers des portraits esquissées des deux héroïnes. Entre schizophrénie débordante, attitude psycho-rigide, acceptation impuissante ou incompréhension absolue, les divers protagonistes jouent d’une partition trouble aussi effrayante de non-dits que de fuite en-avant désespérée pour retarder la confrontation inévitable qui ne peut qu’être funeste… Séquestration qui ne dit pas son nom, amertume latente ou compassion étouffante entre « deux orphelines sans défense », ressentiment voilé, domination sadomasochiste induite, et dialogues lourds de sous-entendus, on navigue à chaque instant entre passion fusionnelle autant que dévastatrice, culpabilité dérisoire et blessures à vif… Tant la mise en scène volontairement austère de Philippe Reyné que le jeu homogène des quatre acteurs, lesquels incarnent ces rôles aussi lisses d’apparence que pervers in fine, participent à donner à ce premier rendez-vous à La Baleine une tonalité vénéneuse et crépusculaire dont on ressort déstabilisé tant la violence induite des rapports humains est omniprésente. Noirceur et solitude…

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