Côté cœur, côté jardin

Un jardin public tout ce qu’il y a de banal, un banc à l’abri des arbres où en toute quiétude se reposer pour lire, rêver, papoter de tout et de rien… mais aussi, hélas, devenu au fil du temps le lieu de vie d’un S.D.F. aussi ombrageux et velléitaire que bourru au grand cœur … C’est son refuge bien à lui, agrémenté de son chrysanthème avec lequel il dialogue, son chez soi au yeux de tous, sur lequel il dort chaque soir calfeutré dans un vieux manteau « qui pue mais qui tient chaud », un personnage devenu familier à la gardienne qui le couve d’un œil bienveillant… C’est là aussi que débarque un jour à l’improviste un cadre apparemment bien sous tous rapports, costard et cravate, mais à la dérive et qui s’apprête à faire « le saut de l’ange sans les ailes » depuis un petit pont en surplomb… Là aussi qu’une bourgeoise encore fringante habillée du dernier chic dans sa robe longue fleurie se love pour lire, ou relire, un volume d' »À la recherche du temps perdu », contexte oblige, titre particulièrement raccord avec ces puzzles de vies en suspens. « La Vie Va » texte de Didier Larnaudie dans une mise en scène de Myriam Gauthier, par la compagnie Papillon une émanation des Cap Nanas, une troupe dont on a déjà vu plusieurs spectacles, nous proposait hier dans la petite salle cosy du Théâtre du Chariot à Bourran une variation toute de nostalgie douce-amère, de gouaille rageuse, de fraternité induite et de foi en l’avenir sur le temps qui passe, « cicatrise les plaies ou enveloppe d’oubli »… Où les relations humaines sont faites de chair et de larmes, de rires et de surprises, de passions, de joies, de peines… Les quatre acteurs, dont l’auteur, mettent énormément de sincérité et de présence pour incarner ces êtres humains entre fragilité et espoir, en quête, chacun à sa façon, de tendresse et de chaleur, d’écoute mutuelle voire de complicité à partager… Les comédiens très homogènes installent d’emblée cette atmosphère où chaque geste, chaque mot compte pour rompre la solitude des uns, le mal de vivre des autres ou le spleen de tous. La musique enlevée qui rythme chaque acte, rajoute une tonalité toute de douceur bienvenue pour donner à cette comédie des couleurs pastels de destins en devenir où « vivre l’instant est ce qui compte le plus »… Ce que Jean Cocteau résumait ainsi: « Le verbe aimer est difficile à conjuguer, son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif et son futur est toujours conditionnel ».          Une représentation qui manquait parfois de fluidité, une première c’est toujours délicat, mais une pièce de théâtre riche de sensibilités qui est encore à l’affiche ce soir, toujours à 21 heures, même lieu.

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