Eux de Pâques

Autant cette petite île perdue au milieu de l’Océan Pacifique fait rêver aussi bien les marins au long cours -on pense notamment à l’albigeois Jean-François de La Pérouse-, les aventuriers en mal d’exotisme que de nombreux scientifiques de toutes disciplines (archéologues, linguistes et autres) autant on ne connaît que très peu ou bien partiellement l’histoire de ses habitants: les Pascuans. Tout l’intérêt de la bande dessinée parue l’an dernier aux éditions La boite à Bulles « Esclaves de l’Île de Pâques » signée Didier Quella-Guyot au scénario et Manu Cassier pour les illustrations est de montrer comment une civilisation et une culture préservée par son éloignement ont été terriblement impactées, bouleversées et in fine anéanties par la cupidité des uns ou la volonté d’évangélisation à tout prix des autres. Objet de fascination autant que de fantasme de la part des européens depuis sa découverte en 1722 par le navigateur hollandais Jakob Roggeven, c’est d’abord au XIXème siècle pour des raisons purement économiques que les Péruviens les premiers organisent des expéditions pour capturer ses habitants réduits en esclaves pour exploiter le guano, engrais naturel que tout le monde s’arrache… Ensuite débarqueront des missionnaires français, en particulier Eugène Eyraud, un prêtre ouvrier habité par une volonté inébranlable de promouvoir sa religion et de convertir les Pascuans, lesquels préfèrent garder leurs croyances, et qui découvrira le premier les tablettes gravées d’écriture rongorongo à ce jour encore jamais totalement déchiffrée. Puis accosteront d’autres individus beaucoup moins pacifiques qui y voient surtout l’occasion de s’enrichir rapidement comme Jean-Baptiste Dutrou-Bornier, un marin ambitieux qui se fait fort d’y développer élevage et agriculture, prendra pour épouse une descendante royale, s’imposera comme un tyran sans foi ni loi jusqu’à s’autoproclamer roi de l’île sous le nom de Ioane 1er… C’est cette histoire incroyablement tragique d’un ethnocide qui nous est contée dans ce récit implacable, lequel se prolonge d’une très riche  documentation à la fin de l’album, puisque d’une population évaluée entre 3000 et 4000 personnes, il ne restera à sa mort en 1876 que 175 autochtones Rapanuis sur l’île. Découpé en plusieurs chapitres bien construits, on suit pas à pas les différents protagonistes de ce drame dont les légendaires Moaï demeurent pour l’éternité les témoins silencieux.                                                                                                                                                       Un album à l’esthétique très soignée et remarquable d’intelligence à lire absolument.

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