Bloody Mary

L’histoire, ou la légende, c’est selon, retient d’elle ce surnom sanguinaire, tant sa cruauté vis-à-vis de ses opposants était notoire… avec son cortège d’assassinats et de persécutions, au point que ce cocktail fameux à base de jus de tomate bien écarlate, pimenté et épicé ferait ainsi référence à toute l’hémoglobine versée en son nom! Cette figure sulfureuse, « Marie Tudor », Victor Hugo en a fait le centre de sa pièce éponyme, la seule parmi les différents personnages de ce drame de bruits et de fureurs à avoir réellement existé avec l’ambassadeur d’Espagne, lequel intrigue pour arranger une alliance entre les deux pays. Nous sommes en 1553 et la souveraine toute puissante d’Angleterre et d’Irlande qui régnera in fine pendant un peu plus de 5 ans, s’est entichée d’un bel italien, genre gouailleur invétéré à la guitare mielleuse et roucoulante… Sauf que celui-ci la trompe allègrement et sans vergogne avec une jeune orpheline promise à un ouvrier ciseleur qui l’adopta jadis, et dont on apprend très vite qu’elle se révèle en fait être la riche héritière d’un pair du royaume mort assassiné, sans descendance connue… Une intrigue alambiquée à souhaits et à tiroirs, source de nombreux rebondissements pour immerger le public dans cette atmosphère de cour bruissante de complots, d’enjeux de pouvoirs et de passions dévorantes où tous les coups sont permis! La version proposée hier en soirée à La Baleine par la compagnie toulousaine « Ah! Le Destin » revisite complètement cette pièce aux accents shakespeariens. Au niveau costumes tout d’abord: point de collerettes, pourpoints et autres crinolines, mais du tout venant actualisé: doudounes, pantalons de survêtement, salopette, baskets etc… et un décor genre échafaudage mobile qui joue sur un dégradé de niveaux, raccord avec la hiérarchie sociale induite: du plus haut, un trône tubulaire et minimaliste surmonté d’une couronne métallique, au plateau pour les manants, via des étages intermédiaires pour la noblesse grenouillante… L’éclairage s’inscrit dans cette même veine… plus souvent pénombre ou de côté, propice à mettre en valeur toute l’ambivalence de chacun, des désirs les plus inavouables aux vengeances toutes de fourberies… question symbolique les tenues successives de la reine, mi-ange, mi-démon, virent ainsi d’un blanc virginal à un noir profond… Le texte déclamé façon tragédie antique exaltée ou en réparties plus contemporaines se fond dans cette représentation qui se joue des siècles et de l’absolutisme en politique… Un spectacle ambitieux et bouillonnant sans aucun doute, mais pas aussi convaincant que les précédents tels Caligula vu l’année dernière.

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