Gare à elles

Une toute jeune troupe d’ados aimant le théâtre se produisait pour la première fois hier sur la scène de la M.J.C. de Rodez avec au programme une adaptation de la pièce de Denise Bonal « Les pas perdus ». Décor a minima: un banc où se retrouvent dans ce hall anonyme des voyageurs en partance, ceux qui les attendent ou ceux qui viennent de les quitter… un lieu de rencontres fortuites ou improbables, où « les fantômes du monde entier » planent en permanence, où tous les espoirs sont permis, où s’échangent premiers baisers à jamais gravés dans la mémoire ou promesses trop rapides… Une simple gare comme personnage principal, carrefour de quotidiens tout de banalité ou d’échanges fantasmagoriques, où se révèle chacun du plus superficiel au plus intime, un lieu à part, où le temps comme l’espace prennent une autre dimension… Melting-pot de destins individuels qui se font écho, se répondent ou s’ignorent, porte qui s’entrouvre sur d’autres possibles… autant pour ceux qui vont s’embarquer dans le prochain train que pour ceux qui ne monteront jamais à bord… où même les employés qui balaient nonchalamment se confient sur leurs rêves ou leurs déceptions… Un kaléidoscope choral entre incertitude et fragilité, inquiétude latente et soif de vivre pour symboliser une mini société attentive aux fracas de l’extérieur, voilà comment on pourrait résumer tous ces fils ténus qui sont la trame de ce texte… Pour incarner toutes ces situations très disparates, sept jeunes comédiennes se démultiplient avec énergie et  conviction. Si certains moments sont incontestablement mieux réussis que d’autres, -par exemple le monologue du soldat revenu du front qui bruisse de douleurs-, on sent chez tous ces jeunes interprètes une réelle complicité et beaucoup d’enthousiasme pour mettre en valeur toutes les facettes de ce récit protéiforme. Un solo de danse aérien ou un air d’accordéon s’intercalent à bon escient pour relancer ces confidences à fleur d’âme… idem en variant les entrées pour mieux s’approprier le vaste plateau.                      La Compagnie de l’Escabeau, dont un exemplaire en arrière-plan sert, c’est selon, de refuge ou de piédestal à une intervenante au masque blanc autant pour accélérer la narration qu’elle n’évoque le chœur du théâtre antique, se révèle in fine très prometteuse.

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