De retour

C’est une destinée extrêmement touchante que celle racontée par Alain Bujak avec des dessins de Piero Macola. L’album paru chez Futuropolis « Le tirailleur » est né d’une rencontre fortuite. Au départ, l’auteur photographie en 2008 et 2009 la vie quotidienne d’une résidence sociale Adoma, ex-Soncotra à Dreux où il fait la connaissance d’Abdesslem avec qui il se liera d’amitié, un ancien tirailleur marocain qui vit là, au moins neuf mois par an, pour pouvoir toucher sa maigre pension de soldat. En effet, jeune berger, il n’avait que 17 ans quand il s’est retrouvé en 1939 engagé de force dans l’armée française, laquelle recrutait alors en masse dans ses colonies ceux qu’elle appelait les « indigènes ». Après une formation sommaire, il sera envoyé avec sa compagnie sur le front, puis ce sera la débâcle et il sera fait prisonnier par les allemands, interné dans un Frontstalag, un camp spécialement réservé aux prisonniers de couleur sur le sol français car les nazis ne les voulaient pas sur leur territoire craignant qu’ils n’apportent des maladies ou n’altèrent la race aryenne… Gravement blessé suite à de mauvais traitements, il sera finalement renvoyé au Maroc pour être à nouveau incorporé et participera ensuite avec son unité à la campagne d’Italie, notamment la terrible bataille du Garigliano, pour  enchaîner enfin avec la guerre d’Indochine… 15 années sous les drapeaux avant de regagner le bled pour fonder une famille, s’occuper de sa terre et de son troupeau… En 1956 c’est la fin du protectorat de la France sur le Maroc, puis quelques années plus tard l’indépendance algérienne, l’administration décide alors que les retraites militaires doivent s’adapter au niveau de vie du pays, où « l’on y vit de trois fois rien »… elles seront donc gelées sans qu’il ne soit jamais prévu de les réévaluer selon le coût de la vie… Il faudra attendre le 27 septembre 2006, premier jour de la sortie du film « Indigènes » de Rachid Bouchared, pour que le gouvernement de Dominique de Villepin annonce que tous les anciens combattants de l’Empire français encore vivants percevraient dorénavant les mêmes retraites que leurs camarades de métropole, sans qu’à ce jour ne soit encore réglée « la cristallisation des pensions » pendant plusieurs décennies… Ce récit à la première personne toujours mis en parallèle avec son contexte historique largement documenté, dans une ambiance très pastel, se prolonge par une série de photos en noir et blanc du vieil homme aujourd’hui revenu à plus de 90 ans finir sa vie dans son village parmi les siens…                                                                                                                         Ce témoignage particulièrement riche et poignant où l’intime fait écho à l’Histoire, disponible à la médiathèque de Rodez est à lire absolument.

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