Passion ovale

Le rugby à Madagascar peut paraître bizarre, incongru, voire totalement chimérique quand on garde en mémoire que c’est essentiellement dans les pays anglo-saxons qu’il s’est fait une place de choix. Or il existe bien dans cette grande île au large de l’Afrique, une fédération avec, au dernier barème de l’International Rugby Board une équipe masculine classée 55ème sur 105, pas si mal donc, pratiquement pile au milieu, par contre pas encore d’équipe féminine suffisamment structurée pour entrer dans ce classement très officiel. Pour bien comprendre la situation, il faut aussi se souvenir que le premier chef de l’Etat post-colonisation française, Philibert Tsiranana, avait découvert et apprécié ce sport lors de ses études à l’École Normale de Montpellier… Ne pas s’étonner donc que le documentaire projeté hier à la médiathèque de Rodez « La jeune fille et le ballon ovale » de Christophe Vindis coproduit notamment avec l’aide de la région Occitanie porte sur ce sujet et tout particulièrement sur le développement de cette discipline chez les jeunes filles en dehors de la capitale Tananarive. Depuis 2014, à d’Antsepoka, dans le sud du pays où l’ethnie Vezo est la plus nombreuse, la vie de cette petite bourgade de pêcheurs, a été complètement bouleversée depuis que les jeunes filles du village se sont pris d’un incroyable engouement pour le ballon ovale. Elles ont constitué une équipe capable de rivaliser avec les meilleures, s’entraînant sans relâche sur la plage à améliorer leur jeu, leur vitesse, la précision des passes ou des placages, où en lieu et place de l’affrontement et de la force physique triomphent stratégie d’évitements, spontanéité et fluidité des gestes… Parmi elles, Marcelia, 16 ans, et déjà maman, y met toute son énergie et sa conviction pour toujours faire mieux… et prendre ainsi de plus en plus confiance en elle pour s’affranchir des barrières traditionnelles, sociales ou de genre… La plus douée peut-être, la plus exigeante sans aucun doute, toujours à se dépasser et à s’investir autant individuellement que collectivement… quand le rugby fait bouger les lignes et devient un projet à haute valeur humaine ajoutée. C’est de tout cela dont il est question dans ce film où alternent plans fixes face caméra des visages lumineux de ces jeunes femmes réellement épanouies, travellings à travers le pays de la brousse jusqu’à la grande ville, et instantanés sur une série de matchs brillamment remportée. Une fable moderne autant qu’un parcours initiatique vers l’émancipation, lequel rend compte aussi en filigrane des réalités tant culturelles qu’économiques de ce pays méconnu. La projection était suivie d’une rencontre animée par un inspecteur Jeunesse et Sport en présence d’une importante délégation de joueuses du Stade Rodez Aveyron.

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