Tragédie grecque

De sa vie et de l’histoire contemporaine de son pays Chronis Missios, alias Salonique car c’est là, dans cette grande ville du nord du pays qu’avait trouvé refuge sa famille après avoir fui la répression de la dictature de Metaxas, en a fait le thème central de son premier livre  » Toi au moins, tu es mort avant » paru en 1985. Un livre qui, fait rarissime, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires dans son pays et l’a imposé parmi les plus grands figures intellectuelles reconnues en Grèce. La bande dessinée éponyme parue chez Futuropolis adaptée de ce récit est signée Sylvain Ricard et Myrto Reiss pour les textes et Daniel Casanave pour les dessins. Une autre manière de raconter une trajectoire personnelle aussi incroyable qu’engagée, laquelle, dès ses plus jeunes années, ne peut se comprendre qu’au travers des soubresauts historiques qui ont jalonné cette terre à laquelle on doit l’invention de la démocratie, « la souveraineté du peuple » en grec ancien. Avant même la fin de la seconde guerre mondiale, se discutent en coulisses « les zones d’influence » des puissances alliées qui se traduiront par les Accords de Yalta et les communistes pourtant largement majoritaires dans la résistance grecque à l’occupant seront la variante sacrifiée de l’Histoire par Staline lui-même. Une guerre civile meurtrière de plus de 3 ans s’ensuivra, un conflit beaucoup moins connu mais qui fera plus de victimes que la guerre d’Espagne et laissera le pays exsangue et profondément traumatisé, avec en particulier le départ en exil dans les pays de l’est de plus de 80 000 personnes, les Koukoués (d’après les initiales du parti communiste grec KKE). Lui refusera cette alternative, choisira de participer activement de l’intérieur à la lutte pendant des décennies. En 1946, à l’âge de 16 ans, en raison de ses opinions politiques il est arrêté, torturé et condamné à mort bien que mineur. Il sera ainsi, pendant des années, ballotté de prison en prison sans que jamais il ne cède face aux pressions de toutes sortes, aux menaces physiques, aux violences insoutenables endurées, à la mort qui rôde… restant toujours fidèle à ses idéaux. De sa première incarcération à l’amnistie d’août 1973 Chronis Missios passera ainsi la plus grande partie de son existence entre détention et déportation, jusqu’à devenir selon ses propres mots « un prisonnier professionnel ». Ce témoignage à la première personne fait de chair et de sang, avec voix off omniprésente en hommage à un camarade disparu, décliné en noir et blanc avec quelques touches de sépia devient un hymne au courage et à la liberté. Cette personnalité extraordinaire est décédée le 20 novembre 2012 pendant la réalisation de cet album historique à lire absolument. Il lui est dédié.

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