Longtemps, je me suis levé de bonne heure…

Ce n’est pas faire injure à Marcel Proust que de résumer ainsi de façon sereine une autre notion du temps, lorsqu’à l’âge venu de la retraite professionnelle, son rythme de vie fonctionne sur d’autres repères, où le travail n’est plus le marqueur principal… Sa dimension collective et sociale que l’on souligne si souvent s’estompe, une page se tourne, une nouvelle hiérarchie de valeurs s’impose, son bilan personnel… Et quoi de mieux, de plus vivifiant, tonique et stimulant que de se lancer d’improbables défis que l’on ne se serait jamais cru capable de relever… Comme écrire ses propres mots, relater ses innombrables souvenirs, faire part de son expérience, non pour se calfeutrer de nostalgie paralysante mais a contrario pour aller de l’avant. Tel est le pari franchement gonflé, pour ne pas dire insensé qu’a choisi un groupe d’une petite dizaine de personnes de plus de 60 ans, nos anciens en langue policée. « Seniors? et alors! » est la concrétisation de ce projet dont la genèse remonte déjà à 3 ans, lequel s’est vu attribuer le prix régional de l’innovation sociale de la Carsat en décembre 2017. Une création collective ambitieuse qui mêle intimité et auto-dérision, réflexions philosophiques et douleurs indicibles, jeux de mots trop faciles teintés d’amertume et réelle solitude… où un certain sentiment d’exclusion illégitime se double du voile de l’absence de proches, où l’Amour s’affirme comme refuge et planche de salut… « Tamalous » ou vieux sages autoproclamés ne sont pas épargnés, ni aigreur ni méchanceté, juste de la clairvoyance terriblement lucide… des « bleus à l’âme » joliment mis en musique, Jacques Brel, Consuelo Velázquez entre autres, et sobrement mis en scène par Clémentine Saintoul-Colombres de la Compagnie la Mezcla. Sous forme d’un faux récit de science-fiction, se dévoile une symphonie chorale de parcours contrastés, de trajectoires multiples qui se font écho pour esquisser une mosaïque  toute de sensibilité, riche de toute la diversité de notre condition humaine… où la mémoire bruisse du vécu, où chacun se nourrit de l’énergie collective. Ce miroir très juste, fut-il parfois un peu déprimant, ne peut manquer d’émouvoir le cœur et l’esprit de chaque spectateur. Ce spectacle si touchant mériterait d’être vu ou revu dans une salle beaucoup mieux adaptée que celle de la M.J.C. d’Onet, où il était proposé hier, car ni les comédiens ni le public ne bénéficiaient de conditions propices.

Publicités
Cet article, publié dans Divers, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Longtemps, je me suis levé de bonne heure…

  1. Christiane comtois dit :

    Merci

  2. Guillaume Verdier dit :

    Il est des lieux et des moments où l’espace et le temps n’existent plus. Pourtant, c’est bien du temps qu’il était question avec la troupe de « Seniors? Et alors? », du temps présent plus que du temps passé. Quand la vie est derrière soi comment peut-on vivre le présent? Par les mots, sûrement, par des défis relevés, peut-être, par le spectacle…vivant, tout simplement. Une chaleur humaine plus confortable que le plus moelleux des sièges rouges de velours de nos plus belles salles de spectacle. La mjc Donet le château n’est pas une salle de spectacle, et n’a pas vocation à l’être. À défaut, elle est un lieu vivant, convivial et chaleureux où malgré une affluence surprise a tout fait pour permettre à chacun de vivre ce moment si particulier et touchant… et n’est-ce pas là l’essentiel ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s