Cauchemar aux bureaux

La création du Théâtre de l’Arc-en-ciel venu d’Yzeure dans l’Allier qui clôturait la soirée de samedi du festival ThéatraVallon de Marcillac allie le culot à l’intelligence, l’originalité à la folie douce, le burlesque débridé du cinéma muet à la bienveillance chaleureuse. Pour décor, quatre bureaux qui se font face deux à deux, dans le fond des piles de dossiers soigneusement rangés sur des étagères qui débordent et enfin une série de chaises basiques pour permettre aux usagers venus chercher un quelconque papier administratif d’attendre, d’attendre, et d’attendre encore que vienne enfin leur tour de se présenter au guichet forcément adéquat et compétent… Et nous voici plongés au cœur de cet univers aussi mystérieux qu’impitoyable qu’est l’Administration, fantasme des uns, quotidien des autres, un incroyable microcosme où si le pire n’est jamais sûr, il est loin d’être improbable. Si les quatre employés rivalisent entre eux de bavardages futiles ou d’empathie obligée,-comme tous chers collègues policés qu’ils s’autoproclament-, ils font preuve face au public qu’ils reçoivent de condescendance crasse, de mépris à peine dissimulé face à ces importuns qui osent venir perturber leurs petites manières mesquines. C’est finement observé, insidieusement pervers et on perçoit derrière l’anonymat de chaque visage blanc, toute l’ambivalence des personnages. De permanences sans chaleur ânonnées au téléphone en réponses dilatoires, c’est à tous les travers d’une bureaucratie sans limite que l’on assiste… Aux remarques narquoises succèdent des échanges stéréotypés! Hors formulaire, récépissé ou copie certifiée conforme point de salut! pour la plus grande satisfaction légèrement sadique d’employés formatés jusqu’à l’excès. Un mélange explosif de Franz Kafka et de George Orwell, de logique absurde avec force décrets et de lâcheté tacite où, pour notre plus grand bonheur, la pantomime fantasque, les bruitages délirants ou des musiques sautillantes à la trompette notamment se substituent avec bonheur à des dialogues réduits a minima. Les comédiens très homogènes qui se délectent de ces situations plus farfelues les unes que les autres conjuguent fantaisie sans limite et dérision mordante pour nous offrir un spectacle tout en finesse, un voile d’extravagance sur un monde à la dérive. Jubilatoire autant que vénéneux.                              « Les guichetiers » a reçu de longs applaudissements du public conquis et largement mérité le Prix de la mise en scène pour Michel Desroches que lui a attribué le jury.

 

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2 commentaires pour Cauchemar aux bureaux

  1. soberclem dit :

    BIEN VU !!!! nous avons adoré ce spectacle que nous avons sélectionné à Cahors, il manquait toutefois un peu de tempo à Marcillac, à cause de l’acoustique difficile de cette grande salle? d’une erreur d’une comédienne déstabilisant l’ensemble? Travail remarquable à partir d’impros intelligemment orchestrées par le metteur en scène;
    Belle critique, Jean Dessorty!

  2. Desroches Michel dit :

    Il y eut un peu d’erreur, mais surtout le sol en béton de la scène qui empêché la transmission des différents sons frappés, si importants dans le spectacle.
    Belle chronique, il faut le dire.

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