Tourner les pages…

Pour l’ouverture de sa 13ème édition, le festival de ThéâtraVallon à Marcillac avait choisi un projet ambitieux: rien moins que d’évoquer la vie, l’amour, la mort, le temps qui passe, les souvenirs auxquels on s’accroche, les peines que l’on essaie d’enfouir… tout ce qui fait le sel de l’existence… C’est dire l’ampleur d’un tel projet. Et pour rajouter encore de la complexité, le Théâtre de l’Inattendu venu d’un petit village proche de Perpignan a choisi pour « Âmes à grammes », texte de Rémy Boiron, de confier à deux seuls comédiens d’incarner la totalité de ces personnages qui se retrouvent sur un vieux rafiot imaginaire échoué, l’Ulyssia au nom si propice… l’occasion de feuilleter avec eux beaucoup plus que de simples albums de famille. Entre rêves des uns et espoirs des autres, se croisent envies d’ailleurs, vitalité insoupçonnée, fantaisie sans limite… autant de possibles remèdes quand « vieillir devient insupportable », qu’il faut « apprivoiser sa solitude » et se remémorer certaines « galères de la vie »... Une vieille dame rescapée miraculeusement d’Auschwitz, un baron très aristo tout droit venu d’une autre époque, une mère disparue, son fils à jamais bouleversé, le père qui dissimule bien mal sa douleur et d’autres encore… autant dire faire émerger les ressorts de l’humanité d’une improbable galerie d’individualités aux destins si divers. Les deux artistes qui  les incarnent tour à tour se démultiplient avec beaucoup d’énergie communicative et de complicité évidente. Par la grâce du mime, de la gestuelle, la tessiture de la voix ou l’occupation de l’espace, ils réussissent ce pari un peu fou de leur donner vie. Ironie, auto-dérision, jeux de mots -dont certains hélas plutôt rase moquette- , humour noir au besoin, répliques célèbres piquées au cinéma, ou paroles fredonnées échappées d’une chanson qui hante la mémoire collective, acrobaties de vocabulaire, allitérations, le registre est large pour rendre palpable toutes les facettes d’un tableau crépusculaire limite désespérant: un monde contemporain où l’arrivisme le dispute à l’hypocrisie et l’égoïsme s’impose comme valeur… Dans un décor très simple, quelques tentures, deux tonneaux transformés en fauteuils voire même en déambulateurs, avec la musique jouée en live sur scène, et des éclairages subtils et nuancés, les deux acteurs aussi complémentaires qu’inspirés Éric Puche et Jean-Luc Voegele transcendent un conte composite tout de grisaille,- à l’image de leurs costumes-, en polychromie plus chatoyante.                                                                         Incontestablement une superbe performance.

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2 commentaires pour Tourner les pages…

  1. soberclem dit :

    Très belle performance en effet, le spectacle a obtenu une mention spéciale du jury au festival Théâtravallon,un regret de ma part: pourquoi pas un prix d’interprétation aux deux comédiens pour leur complémentarité?

  2. Desroches Michel dit :

    Bravo les gars! Au plaisir de voir une autre de vos productions.
    Je vous attribue le prix des deux comédiens qui débutent avec un masque.

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