Il était un petit navire

Soit un patron pêcheur breton frêle et affublé de grosses lunettes, son petit chalutier avec à bord un seul matelot. Il travaille de façon artisanale et, les bons jours, prend à l’ancienne essentiellement de petits poissons dont des sardines, lesquelles finissent dans une conserverie locale et font invariablement partie de son menu quotidien. Sa femme plutôt enrobée, coiffe bigoudène traditionnelle sur la tête, lui mitonne chaque matin de bons petits plats roboratifs, avec bien évidemment des crêpes, et a pour habitude de l’attendre chaque soir sur le port… Sauf qu’un jour il ne revient pas… et pour cause: son bateau a été pris dans les filets par un de ces gros bâtiments-usines qui écument les mers et ratissent les océans jusqu’à épuisement… Des aventures aussi inattendues, tant pour lui que pour elle, et nous voyagerons ainsi de paquebots de luxe où son talent de cuisinière fera merveille, jusqu’à Cuba où Fidel est encore au pouvoir, croiserons la route d’un pétrolier qui dégaze impunément en haute mer, sans oublier la pollution des eaux omniprésente, les mouettes qui suivent les embarcations etc… Un panorama tout sauf idyllique du monde marin que cet album de plus de 220 pages sans une seule bulle ni texte. « Un océan d’amour » est une bande dessinée inclassable publiée chez Delcourt/Mirages avec un scénario ironique et désabusé de Wilfrid Lupano et des dessins de Grégory Panaccione qui lorgnent vers le cartoon à la Tex Avery, aux traits vifs et aux couleurs en demies-teintes. On y trouve à la fois des clins d’œil malicieux à une certaine imagerie folklorique pur cidre, qu’une véritable conscience écologique sur les océans qui se meurent de surexploitation, l’extinction de certaines espèces, les déchets de toutes sortes qui s’accumulent et tapissent les fonds, la crise économique qui frappe ce secteur etc… Le découpage très cinéma d’animation entre vignettes au format classique ou double page surdimensionnée pour rythmer les différentes péripéties qui sont autant de temps forts et font rebondir l’intrigue, donne à ce récit ampleur et visibilité. Où comment une banale histoire d’amour muette entre deux personnages tout de banalité, révèle mieux qu’un long discours, l’urgence d’une situation potentiellement irrémédiable quant à l’avenir de notre planète. Un livre plus crépusculaire qu’il n’y parait.

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