Piles et face

Nous sommes en 1968, la France vient d’accueillir les Jeux Olympiques de Grenoble, le Général de Gaulle est au pouvoir et la société de consommation bat son plein. Ce sont les fameuses trente glorieuses. En région parisienne, à l’usine Wonder, là même où« les piles ne s’usent que si l’on s’en sert », se retrouvent deux ouvrières au tempérament très différent: l’une est du genre rebelle qui ne s’en laisse pas compter par un petit chef acariâtre, l’autre très fleur bleue écoute Sylvie Vartan en boucle et se prépare comme chaque année pour le Bal de la rosière… sauf qu’en Mai tout va changer. Les étudiants protestent et revendiquent, les entreprises débrayent les unes après les autres et rejoignent le mouvement, la gréve générale prend de plus en plus d’ampleur… Cette situation effervescente totalement inédite autant socialement que politiquement va complètement modifier les conditions de travail, de vie et, in fine, le destin de tous les citoyens de notre pays, dont ces deux personnages… L’héroïne principale se laisse volontiers entraîner dans les manifestions et, au gré de ses rencontres, découvre une autre réalité, où l’idéal révolutionnaire se nourrit de lyrisme, où les femmes se prennent à rêver de nouveaux droits à conquérir, où chacun doit trouver sa place au sein de la famille, jusque dans son intimité etc… « Wonder »comme le surnom affectueux que lui ont donné ses camarades, est un roman graphique paru aux Éditions Delcourt/Images signé François Bégaudeau pour son scénario empreint de nostalgie et de sensibilité, et Élodie Durand pour ses dessins. D’un noir et blanc uniforme très old school qui symbolise autant la grisaille de l’époque que les poussières de manganèse, zinc, acier et autres métaux manipulés au quotidien dans l’atelier pour la fabrication de ces piles, puis quelques taches de rouge ici ou là, synonyme de ce vent de fraîcheur qui flotte, cet album se termine dans un maelstrom de couleurs vives… les délices de la liberté nouvelle, de la féminité assumée et l’espoir d’un monde meilleur… Ainsi qu’il en fait référence dans la préface, ce livre renvoie à un film documentaire d’Hervé le Roux « Reprise » sous-titré « un  voyage au cœur de la classe ouvrière » lequel relatait la reprise du travail en juin 1968 après de longues semaines de lutte, et qui, retrouve 26 ans après, l’une des grévistes de chez Wonder, marquée à jamais par ce moment historique.                                                     Un album entre douceur et utopie.

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