Tu quoque mi fili

Un long métrage en phase avec l’actualité, autant parce qu’il vient de décrocher l’Ours d’argent à la dernière Berlinale, que par les poursuites pour en faire retarder sa sortie, et heureusement rejetées par la justice, et ce alors que le pape réunit en ce moment au Vatican toute la hiérarchie catholique pour réfléchir sur les abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres… et le plus souvent couverts par l’omerta. « Grâce à Dieu », c’est le titre du dernier film en date de François Ozon, lequel appuyé sur une documentation très fournie, revient sur l’affaire véridique des nombreux scouts de la région lyonnaise qu’un ecclésiastique pédophile a agressés pendant de nombreuses années… sans que jamais le diocèse dont il relevait ne prenne la seule mesure qui s’imposait: à savoir le mettre définitivement hors d’état de nuire. C’est aussi textuellement l’interjection effarante prononcée en conférence de presse par le Cardinal Barbarin, archevêque et primat des Gaules, supérieur de l’accusé, et donc responsable concerné au premier chef. Une douloureuse affaire qui s’étend sur plusieurs années pour laquelle le prélat est poursuivi, avec d’autres hauts responsables, pour non-dénonciation de crimes, dont on connaîtra le verdict le 7 mars prochain…. Nous suivons donc méthodiquement les parcours chaotiques de trois de ces victimes, issues de milieux très différents. Le premier à dénoncer est issu d’une famille traditionnelle, bien pensante et très pratiquante, 5 enfants, excellente situation de cadre. Le second, lui aussi bien inséré socialement, a perdu toute illusion sur la religion et s’engage à fond dans la démarche en créant une association pour regrouper les victimes,-La Parole Libérée-, avec les conseils d’une avocate. Quant au dernier, le plus jeune, sa situation est beaucoup plus fragile, tant sentimentale que professionnelle. Chacun va ainsi cheminer individuellement d’abord, collectivement ensuite, pour faire aboutir leurs plaintes: obtenir la condamnation de leur agresseur bien sûr mais plus largement faire reconnaître la culpabilité de l’Église en tant qu’institution… Des témoignages qui s’accumulent, se font écho pour devenir une plaidoirie sincère à plusieurs voix, vibrante d’authenticité et de souffrances, magistralement incarnés par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud…                Un film mesuré, empreint de gravité qui fait mouche. À voir absolument.

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