Du rêve à la réalité

Des plans qui s’étirent sur des parkings quasi déserts, des chantiers urbains, des immeubles de bureaux qui se vident, des halls de verre et d’acier sans le moindre signe de vie… un travelling sur un self d’entreprise à l’heure du repas grouillant d’individus dont ne perçoit pas la moindre parole, des silhouettes, des ombres anonymes… des images qui installent une atmosphère volontairement désincarnée. En parallèle, les récits en voix off ou fixant la caméra plein cadre de témoins qui confient leurs rêves: ceux qui les hantent, les rongent, leur reviennent sans cesse en mémoire, virent aux cauchemars parfois… Douze personnes qui se racontent sur ces songes, lesquels les relie invariablement au monde professionnel, aux soucis familiers dans l’entreprise ou l’administration, aux difficultés des relations ici avec la hiérarchie, là les collègues, ailleurs encore avec la patientèle… Comment les aléas du monde du travail s’insinuent jusqu’au plus profond de l’inconscient de chacun, dont on ne sort pas indemne que l’on soit toujours salarié, en situation d’invalidité voire même retraité… Si l’on en connaît les conséquences concrètes au plan physique sur les corps,-et qui se traduisent en arrêts maladie, nécessité de réorientation ou adaptation de poste-, on évoque beaucoup moins l’empreinte laissée aux plans psychique et psychologique, moins évidents en apparence mais tout aussi importants voire davantage pour ceux qui en souffrent. Tout le pari du film de la réalisatrice Sophie Bruneau « Rêver sous le capitalisme » est de montrer d’un point de vue sociologique ces traces fussent-elles infimes mais qui, répétées jour après jour, atteignent chacun quel que soit l’emploi occupé et se traduisent en autant d’imageries mentales déstabilisatrices. Quand l’empathie naturelle pour autrui diminue au profit du burn out, l’énergie laisse place à la résignation… autant de trajectoires intimes qui dessinent en creux une société malade, où l’absurde peut faire écho au quotidien … Ce documentaire crépusculaire présenté hier en fin d’après-midi dans la petite salle par la médiathèque de Rodez a été primé l’année dernière au Festival du Cinéma du réel.                On comprend pourquoi tant il est en phase avec l’actualité.

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