Girls united

Elles sont dix, de toutes origines… parents arrivés de Guinée-Conakry, d’Haïti, de Côte d’Ivoire, de Guadeloupe, d’Algérie etc… dix jeunes femmes, lesquelles, tour à tour se succèdent, font face au public, s’emparent du micro, plongent dans leurs souvenirs et racontent brièvement leurs histoires individuelles. Comme autant de parcours singuliers qui se répondent, « une mosaïque kaléidoscopique » pour reprendre les propres mots de l’une d’entre elles… Des filles ou petites-filles nées ici, qui ont trop longtemps souffert de l’invisibilité de leurs mères au mieux, au pire de nombre de préjugés qui stigmatisent la banlieue et ses habitants, où prospèrent clichés en tous genres, où revendiquer sa différence demande courage et force de caractère… Des monologues vibrants d’authenticité qui ne peuvent laisser personne indifférent, où la sérénité de la voix, le ton tout en maîtrise de soi font merveille tant ils visent à l’essentiel, témoigner de l’intime de chacune pour en sublimer chaque phrase, chaque mot… Comment incarner avec passion des trajectoires personnelles revendiquées pour en faire émerger autant la spécificité que l’universalité… tel est le sujet de « F(l)ammes », par la Madani Compagnie présentée hier soir à la Baleine, une oeuvre chorale singulière, qui mêle à ces récits fulgurants à la première personne des vidéos projetées en fond de scène, du karaté, des chorégraphies en solo ou à plusieurs, des chansons célèbres comme « la vie en rose » ou d’autres qui exaltent davantage l’ancrage dans le pays de la parentèle… Un spectacle particulièrement inventif nourri de connotations sociales et géopolitiques judicieuses, qui, in fine, interpelle le spectateur sur des problématiques très actuelles. Diversité vestimentaire et capillaire très emblématiques, où le voile fait écho au style afro, les cheveux bouclés aux tresses ethniques, toute la palette d’une jeunesse pétillante, intrépide, volontaire, qui s’appuie sur son passé et ses racines pour parier sur l’avenir avec drapeau tricolore largement étalé en arrière-plan… sans oublier pour autant d’évoquer un sujet aussi éminemment douloureux que les mutilations sexuelles, jamais nommé explicitement mais qui ne peut que glacer d’horreur quiconque… « Nos racines sont sur nos têtes » cette réplique résonne comme un leitmotiv, une transition subtile pour mieux s’épauler mutuellement, une sororité complice pour mieux avancer avec confiance.          Une soirée qui réchauffe les cœurs et les âmes.

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