Justicia

C’était hier à Decazeville au cinéma La Strada une journée très particulière. Dans le cadre du 80ème anniversaire de la Retirada, l’Association locale Memoria Andando proposait deux documentaires successifs. Le premier « Memoria viva » a été réalisé pendant les années scolaires 2005 et 2006 par un groupe d’élèves du lycée de Villefranche de Rouergue sous la direction de leurs professeurs d’espagnol Florence Bonnevialle et Alexandre Santana, lequel était présent dans la salle pour en expliciter la genèse. Ce moyen métrage mêle à la fois des photos hautement symboliques sur le drame de la guerre civile et l’exode forcé des Républicains vaincus, aux récits face caméra des témoins de cette époque réfugiés dans la région ou de leurs descendants pour aller à l’essentiel… mettre en lumière au-delà de trajectoires individuelles, comment l’Histoire s’insère au plus intime de destins personnels et comment les souvenirs du passé transcendent le présent pour mieux se projeter. Vraiment remarquable. Puis après une pause conviviale sans prétention avec force mantecados, place à un film en sortie nationale qui fera date « Le Silence des autres » de Robert Bahar et Almudena Carracedo. Le genre qui ne peut laisser personne indifférent tant il bruisse d’authenticité. Un travail titanesque qui a nécessité six ans de travail, 450 heures de tournage et 14 mois de montage pour plonger le spectateur au cœur d’une blessure jamais cicatrisée: à savoir comment l’Espagne 40 ans après la fin de la dictature de Franco s’abrite toujours derrière une « loi d’amnistie » inique, « un pacte de l’oubli » pour tourner la page des exactions commises par ce régime, au nom de la réconciliation nécessaire etc… Mais c’était sans compter sans la volonté et le courage de citoyens prêts à remuer ciel et terre pour réclamer la justice pour leurs ancêtres. Des meurtres, exécutions sommaires, emprisonnements, tortures d’opposants à ce jour toujours impunis… 3000 fosses communes et 120 000 disparus, mais aussi 30 000 bébés soustraits à leurs familles par pure idéologie et répression sociale avec la bénédiction de l’église. Cette mobilisation ironiquement passe par des plaintes déposées devant la justice argentine pour faire comparaître et juger devant un tribunal les responsables de « ces crimes contre l’Humanité »… que toute la vérité surgisse… par respect des victimes, que la vérité et la mémoire éclatent enfin… On n’oubliera pas le combat de ces gens simples, mamies fragiles qui déploient une énergie incroyable, mères qui recherchent leurs enfants volés, avocats et juristes déterminés, tous, méthodiquement, pas à pas, creusent le sillon d’un autre monde possible… Que ce film engagé particulièrement émouvant soit en lice pour décrocher les Goyas, l’équivalent de nos Césars, souligne son importance et trouve un écho bien au-delà de ses frontières.                « La mémoire est un antidote puissant contre le fascisme » citation des deux réalisateurs s’impose comme une évidence. Exceptionnel.

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