Témoin de son siècle

« Primo Levi » bande dessinée parue il y a peu, est très inhabituelle en ce sens qu’elle n’est pas une biographie stricto sensu du personnage principal, mais, pour autant, tous les épisodes évoqués sont eux rigoureusement historiques. Cela relève de la fiction vraisemblable, fruit de l’imagination de Matteo Mastrasgostino pour le scénario avec Alessandro Ranghiasci pour la mise en images: la rencontre qu’aurait pu avoir le célèbre écrivain rescapé d’Auschwitz avec les élèves de son ancienne école Rignon de Turin. La volonté des survivants de témoigner inlassablement auprès des jeunes générations de leurs expériences de l’horreur indicible est ainsi à la base de ce roman graphique. À l’origine, se trouve le souvenir de la mort de Primo Levi qui l’avait beaucoup marqué alors qu’il avait à peine 10 ans, et fort d’une très large documentation (livres, articles filmographie que l’on retrouve en annexe à la fin de l’album) l’auteur a bâti un livre qui résonne de davantage d’authenticité. De ce mélange inédit ressort une histoire plus émouvante encore. Quand, à l’invitation de la maîtresse, un vieux monsieur, tenue soignée, cheveux blancs et portant lunettes, se présente, il raconte : « Vous savez les enfants, quand j’avais votre âge, j’aimais beaucoup les chiffres… mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter sur le bras pendant toute ma vie »… C’est son matricule 174517 qu’il vient tout juste de tracer au tableau noir d’une écriture soignée… quand il relève sa manche dévoilant son avant-bras, tout prend alors une autre dimension… La guerre dans ses dimensions les plus tragiques et les plus douloureuses devient réalité concrète. Finie l’insouciance, et devant leurs yeux ébahis, chaque mot, chaque souvenir du vieil homme sur les exactions des nazis, les humiliations endurées, la mort qui rôde, omniprésente dans le camp, ses paroles prononcées toutes de retenue et de pudeur subliment son témoignage poignant d’humanité. De son passage dans la résistance, à l’enfer du camp au quotidien, il se confie sur son destin, sur l’holocauste… dont lui jeune chimiste juif sera un des rares rescapés… À la narration au présent font écho des flash-backs réguliers sur la période dramatique. Les dessins noir et blanc glissent ainsi de traits fins et précis et à un grisé méthodique, charbonneux et plus inquiétant, lesquels accentuent ainsi le contraste entre les deux époques. Ce récit aussi intemporel qu’indispensable publié évidemment chez Steinkis, un éditeur remarquable, n’en a alors que plus de force. À lire et à méditer pour ne jamais oublier.

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Un commentaire pour Témoin de son siècle

  1. Matteo Mastragostino dit :

    Merci, Jean.

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