D’Ithaque au tac

Tous ceux qui avaient vu l’année dernière, déjà à la M.J.C. de Rodez, l’adaptation par la Compagnie À Tire d’Ailes de l’Iliade savaient qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte la deuxième partie du diptyque, « l’Odyssée » par cette même troupe. Un texte d’origine à peine moins long, 12 109 vers, pour nous conter les aventures périlleuses d’Ulysse dont tout un chacun garde forcément en mémoire au moins quelques bribes… tant ces textes sont deux poèmes fondateurs de notre civilisation. Toujours uniquement cinq comédiens, lesquels vont tour à tour incarner tous les personnages mythiques de cette fresque éternelle où ne manquent ni la vengeance de Poséidon ni les vents qui se déchaînent, où le combat contre Polyphème le cyclope fait écho à la douceur de la nymphe Calypso, le chant des sirènes répondent aux monstres Charybde et Scylla… Quand pour affronter les innombrables dangers grâce à la protection d’Athéna, le héros conjugue bravoure et ruse, dix ans pour rejoindre les siens… et retrouver son fils Télémaque et sa femme Pénélope, lesquels subissent la pression toujours plus grande des prétendants qui se sont installés dans le palais familial. Quand la pièce débute, la sérénité règne: le plateau est presque nu, les interprètes sont vêtus version contemporaine, tee-shirt, pantalon et baskets, et déclament leur texte d’une voix apaisée… mais cela ne dure pas… plus l’intrigue avance, plus l’atmosphère se charge de cris et de fureur, de passions et de ressentiments… jusqu’au massacre final: paroxysme de sang dégoulinant et de feu purificateur grâce à d’ingénieuses trouvailles. Ce texte éternel toujours flamboyant, ponctué de réflexions toujours d’actualité sur l’hospitalité nécessaire vis à-vis de l’étranger, entre ténèbres obscures de l’enfer ou lumières très sophistiquées pour nimber les différents protagonistes de halos aveuglants ou les dissimuler dans les limbes, se transcende en une alchimie de mystères où la mise en scène de Pauline Bayle redouble de précision, de fluidité et d’une inventivité qui tutoie la perfection!                          « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage… » écrivait près de 2 500 ans plus tard Joachim du Bellay, on se doit d’ajouter maintenant bienheureux le public qui a assisté à cette extraordinaire épopée homérique!  Une pure merveille!

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