Jouer son va-tout

« Un voyage sans retour » publié il y a quelques mois chez Nouveau monde graphic est un livre qui va droit au but: nous parler du périple extrêmement périlleux que représente pour tant de jeunes africains la tentation de gagner l’Europe, « un Eldorado plus fantasmé que réel ». Gaspard Njock, auteur de ce roman graphique, nous entraîne ainsi dans les pas de Malik, jeune adolescent qui tue son ennui avec ses copains dans un quartier populaire de Douala, la capitale économique du Cameroun, en rêvant d’un avenir meilleur… Jusqu’au jour où il va se laisser convaincre de tenter sa chance clandestinement pour l’Italie ce qui signifie d’abord un très long voyage terrestre jusqu’aux rivages libyens à bord de véhicules qui tiennent à peine la route, puis prendre la mer dans une embarcation surchargée qui ne manquera pas de couler … Il sera l’un des survivants récupérés par les gardes-cotes, aussitôt conduit jusqu’en Sicile dans un camp de transit où il sera pris en charge par une O.N.G. locale, « Casa Nostra », en attendant qu’il soit statué sur son sort… Succession d’événements dramatiques, nostalgie du pays, culpabilité vis-à-vis de sa famille laissée si longtemps sans nouvelle, absence de ses proches, interrogation légitime sur cet exil très incertain… autant de doutes qui hantent le jeune héros. Solitude qui le ronge, inquiétudes quant au lendemain, angoisses nocturnes, comme autant de prix à payer pour cette aspiration à une vie meilleure et rançon d’un choix impossible… Quant on sait que: « sur plus d’un million de réfugiés qui ont rejoint l’Europe par la mer, environ 4000 sont portés disparus » et que l’O.I.M, l’Organisation Internationale pour les Migrants, prévoit « des flux croissants d’immigrés… jusqu’à plus de 3 millions et demi dans l’année qui vient », on mesure l’ampleur du défi humanitaire que cela représente. Pour rendre plus touchant encore ce récit douloureux, l’auteur, lui-même d’origine camerounaise, a construit sa bande dessinée d’un crayon incisif, à peine tempéré par des couleurs entre pastel et aquarelle, et, en fin d’album, d’un supplément agrémenté d’une série de photos qui en explique la genèse.                               Un docu-fiction qui ne peut laisser personne indifférent devant une des grandes tragédies de notre époque.

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