Si Sacha m’était conté…

Une biographie toute de malice et de dérision qui colle parfaitement au personnage, c’est ainsi que se présente « Sacha Guitry », sous-titrée une vie en bande dessinée, album paru aux éditions Delcourt dans la collection Mirages sur un scénario de François Dimberton , dessins de Alexis Chabert et couleurs de Magali Pialat. Depuis sa naissance à Saint-Pétersbourg le 21 février 1885 au hasard d’un des nombreux déplacements en Russie de la famille où son père Lucien acteur célèbre, coureur de jupons invétéré, surnommé « Divan le Terrible » lequel est invité chaque année pour jouer au théâtre impérial, jusqu’à sa mort à Paris, le 24 juillet 1957, on suit patiemment son destin. Une enfance ballottée entre ses parents séparés, envoyé en pension d’où il est très régulièrement exclu, élève très médiocre car à 17 ans il devrait redoubler pour la 8ème fois sa sixième, il préfère de beaucoup la compagnie des femmes et se pique même d’écrire son premier texte de théâtre. Pour un coup de foudre avec une jeune comédienne, par ailleurs maîtresse de son père qui lui interdit d’utiliser son nom, les deux vont se brouiller pour une longue période… qu’il mettra à profit pour se faire un prénom. Il se met alors à écrire de plus en plus et le public se presse, faisant de chaque nouvelle pièce autant de succès. Il devient alors un des personnages les plus en vue du tout Paris, se liant d’amitié avec Arletty, ou Tristan Bernard notamment, multipliant lui aussi ses conquêtes entre demi-mondaines et débutantes ambitieuses. Il se mariera ainsi cinq fois, toujours avec des actrices auxquelles il réserve des rôles pour jouer dans ses propres œuvres, autant sur scène que dans ses films car il a très vite compris l’importance que prenait le cinéma. Auteur très prolifique, amateur de bons mots teintés de cynisme ou de misogynie, lesquels sont autant de répliques cinglantes qui émaillent le récit page après page, on prend plaisir à suivre le parcours atypique d’une personnalité haute en couleurs, avec ses zones d’ombre, pendant l’occupation par exemple, et ses heures de gloire, coqueluche des journaux pendant de longues années… où l’on croise ainsi certaines vedettes de l’époque. Mise en page très enlevée, forme très linéaire, narration richement documentée au plus près du héros, anecdotes croustillantes… tout concourt à faire de ce livre une plongée délicieusement surannée dans le milieu du spectacle de ce temps-là, d’où émerge un individu aussi complexe qu’ambigu.                                                                                                  Un coup de projecteur sur un dramaturge et cinéaste tombé dans l’oubli.

 

 

 

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