À l’aide

Une histoire bouleversante, tragique, que ces souvenirs au jour le jour d’une captivité qui n’en finit pas… « S’enfuir, récit d’un otage » de Guy Delisle publié chez Dargaud est le témoignage à la première personne du calvaire vécu par Christophe André, en mission humanitaire pour l’O.N.G. Médecins sans Frontières au Caucase aux confins de la Tchéthénie et de l’Ingouchie. Kidnappé dans les locaux mêmes de son organisation, un enlèvement crapuleux avec demande de rançon à la clé, il va vivre ainsi 111 jours d’angoisse, sans jamais savoir quel sera son sort, si des négociations sont en cours ou pas pour le faire libérer, de quoi son lendemain sera fait… ce que résume parfaitement cette citation sans appel reprise en quatrième de couverture: « Etre otage, c’est pire qu’être en prison. En prison, tu sais pourquoi tu es là et à quelle date tu vas sortir. Quand tu es otage, tu n’as même pas ce genre de repère. Tu n’as rien. » Et pour rendre palpable cette descente aux enfers, physique autant que psychologique, où le manque d’hygiène et la faim sont omniprésents… rien de tel qu’un pavé de plus de 420 pages pour traduire le temps qui s’étire à l’infini, avec récurrentes les mêmes images obsédantes de ce héros malgré lui: allongé sur une paillasse, menotté et attaché au radiateur ou à un anneau sur le sol… une situation de plus en plus insoutenable. Chaque vignette, chaque planche réduite a minima, la monotonie du quotidien reproduite par un bleu gris délavé volontairement uniforme, un dessin minimaliste et anxiogène qui transpire découragement et anxiété… tout se conjugue pour tenir en haleine le lecteur qui ne lâche pas le livre tant qu’il n’en connaît l’épilogue… Une B.D. résolument sobre et d’une terrible efficacité pour rendre compte de moments hors du temps et de l’espace, où la fragilité d’un destin tient à peu de choses: un jour, une photo inattendue, un autre, une voix tant espérée au bout du fil, plus tard encore, une rencontre improbable… Plus de quinze ans, c’est le temps nécessaire qu’il fallu à l’auteur pour transcrire en images l’histoire de cet homme « telle qu’il me l’a racontée »… sensible toujours, poignante, voire déchirante parfois, cette narration s’impose comme un défi, faire d’un traumatisme individuel souvent insoutenable une histoire incroyablement humaine… le genre qui hante longtemps encore quiconque l’a lue. Inoubliable!

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